Bonvivant
« Le Bistrot du Mois – Paris 5e : sacré Bonvivant ! »
Le lieu n’est pas neuf. Il dure, d’ailleurs, et se patine depuis neuf ans, s’est agrandi, juste à côté, d’une cave et salle de dégustation, plus, juste en face, d’une pizzeria bon enfant. Le décor, lui, a tout pour plaire, avec son grand zinc comme une vague marquant l’entrée, ses tables en bois, ses recoins, sa belle terrasse en angle pour l’été. On y est vite bien. Voilà un repaire de joyeux drilles pile poil pour bons vivants, dans un coin lettré et studieux du Quartier Latin, à deux pas de Jussieu et de La Sorbonne, à l’angle la rue d’Arras et de la rue des Écoles.
L’habile Pierre Mouquet, associé avec Julien Fouin pour Jaja et Glou, qui a récemment repris Casimir dans le 10e est à la manœuvre et sert avec une jovialité sans faille toute la semaine et toute l’année. Le propos : une cuisine d’hier revue à la mode d’aujourd’hui et des vins naturels mais de qualité au gré d’une carte d’importance qui se complète d’un joli choix au verre.
On se régale là, en liminaire, de saucisson sec d’Auvergne présenté sur planche, avec un pain de campagne au levain et un beurre à fondre. Ensuite ? Le rôti de cochon du Perche comme un vitello tonnato avec crème aux anchois et chimirruri ou encore les asperges vertes, gribiche, câpres, croûtons. Mais les oeufs mayo avec graines de moutarde à l’ancienne et céleri rémoulade sont un modèle du genre, frais, gourmands, joliment condimentés.
Les plats du jour sont raisonnables (comme ce poulpe grillé avec salade de pommes de terre à 16 €), mais l’addition peut grimper sec avec des produits de luxe comme ce wagyu d’un éleveur normand à 44 € ou cette saucisse à trancher (60 € pour deux), sans omettre les vins de haute tenue tirée d’un carte tentatrice. Reste que tout ce qui est ici servi est d’une probité sans faille et de fort belle tenue sous la houlette du cuisinier maison, Eduardo González, d’origine argentine et ayant fait ses armes avec Mauro Colagreco chez Grand Coeur.
Ainsi l’exquise côte de cochon du Perche pané au panko, servi avec de jolies frites maison à la peau, plus mayonnaise aigre-douce au sirop d’érable. Ou encore l’amusante et originale caille présentée comme un « cordon bleu », farcie de morbier et de jambon avec sa sauce béarnaise et les mêmes frites maison ou ce fringant poulpe de roche, fumé au foin, et servi encore fumant dans sa cocotte.
Côté douceurs, on ne fait pas les choses à moitié, avec un crumble aux pêches et sa glace vanille (signée Terradelice) et le riche pain perdu au caramel et beurre salé, tous deux très régressifs. Et pour les vins, on s’en remet au malicieux Pierre qui possède de jolis tours dans sa besace comme ce beaujolais de Jean Max à Charnay fruité comme l’onde, à boire frais. L’été sur la terrasse d’angle, c’est un pur bonheur.
















