Paris 2e : le prix Goncourt selon Drouant
Si vous nous suivez avec fidélité, rien de ce qui se déroule du côté de la « place » Gaillon début novembre – on dit « place« , même s’il s’agit d’un bout de rue en forme de carrefour où se masse la presse culturelle, les amoureux des livres, les caméras comme les curieux en prise directe avec la remise des grands prix littéraires – ne vous est étranger. Le Goncourt d’abord, mais aussi le Renaudot, sont proclamés chez Drouant, alors que l’on met les petits plats dans les grands pour nourrir les Académiciens gourmands.
Cette année, on a rendu hommage à la Colette, la si gourmande auteur (on ne disait pas encore « autrice »é à son époque!) du « Blé en herbe » et des « Vrilles de la Vigne » avec un menu à elle dédiée à travers quelques unes de ses jolies citations, comme cette si jolie et exquise « madeleine de beurre de caviar » (comprenez un délicieux beurre de caviar moulé en forme de madeleine) ou cet « éveil du palais », avec un caviar Schrenki Daurikus en gelée de cèpes, couverte de fine et sapide crème de cresson.
Exploit sportif et virtuose: servir des assiettes pleines d’enchantement et de poésie: voilà ce qu’ont réalisé le chef Romain Van Thienen et le maestro de salle James Ney, histoire de célébrer dignement le lauréat de l’année Laurent Mauvignier dont « la Maison Vide » (Minuit) restitue la vie secrète d’une famille très française dans un village de Touraine au XXe siècle. Avec notamment une page consacrée au lièvre à la royale des moments de fête accompagné dans le livre (pp.529-530) d’un Aloxe-Corton.
Le « menu Colette » ? Les « langoustines du Palais-Royal », où résidait Colette, non loin du Véfour, (un tartare de langoustines aux agrumes, fleurs, consommé rafraîchi) précédait « les amants de la mer », une queue de homard confite au beurre d’algues, ravigotée de fine feuilles de câprier, avec salicornes, bisque et confiture d’algues. Le « Noir velours et feu iodé », un fameux lièvre à la royale marié de façon fort culottées aux langues d’oursin et flanqué d’un purée de pommes de terre robuchonienne.
Enfin, les « pierres de Montigny » un fromage de charolais, avec son émulsion au mélilot et son sablé salé et les « fruits de la patience », des pommes flétrie rôties, avec poire crue, noix fraiches et crème crue fouettée faisait un final de classe. Le liquide était en accord avec le solide comme le champagne Philipponnat Royal Réserve si joliment noiseté, le vif chablis « Les Ardillers » 2023 de Clément Lavallée, le riche châteauneuf-du-pape « Vieilles Vignes » 2019 Tardieu-Laurent, vinifié et vieilli au château de Lourmarin en magnum, à deux pas de la tombe d’Albert Camus et de celle d’Henri Bosco, l’auteur du Mas Théotime.
Clou du repas le grand château Phélan-Ségur signé de la famille Gardinier en 2015 en Saint-Estèphe d’une profondeur terrienne qui aurait sans doute plu à Colette. On passe brièvement sur le Tempera, « Cuvée riva », vin sans alcool censé accompagner le fromage, mais d’une neutralité qui permit de revenir sans équivoque au charmeur Phélan-Ségur, enfin, divin sur la pomme, le joli cidre « La Folletière » de Benoit Lesuffleur, du même domaine qui fut jadis servi à la reine d’Angleterre au défunt Caneton d’Orbec au coeur du pays d’Auge. Vive la France, Colette, Drouant et les Goncourt qui marient si bien gastronomie et littérature pour le meilleur!
Drouant
Paris 2e
Tél. 01 42 65 15 16
Carte : 80-180 €
Horaires : 8h-23h
Fermeture hebdo. : Ouvert tous les jours
Métro(s) proche(s) : Quatre-Septembre, Pyramides
Site: www.drouant.com















Belle prestation.