Des gens sensibles d’Eric Fottorino
D’Eric Fottorino, on sait que beaucoup de ses livres tournent autour de lui-même : on souvient de l’histoire de ses deux pères, de sa mère présente/absente, de sa naissance à Nice, de cette enfance qui s’éternise, de ces racines qui se perdent (la Rochelle, Maroc côté Fez, Tunisie). De « Rochelle » à « Baisers de Cinéma », en passant « l’Homme qui m’aimait tout bas », « Caresses de Rouge », « Korsakov », sans omettre « Question à mon père » et, bien sûr, « Dix-sept ans », on sait Fottorino aime enfoncer le clou. On rappelle ici la piquante formule de Woody Allen, déjà employée par nous pour illustrer son ouvrage précédent: « Une oeuvre, c’est comme la cuisine chinoise il y a trois cent plats, ils ont tous le même goût. » La phrase vaut ainsi pour Patrick Modiano qui semble ressasser les mêmes thèmes, voire écrire le même livre depuis l’origine. Mais n’est-ce pas cela que l’on reconnaît un écrivain et sa singularité. « Des Gens Sensibles« , son 16e roman et sans doute le plus modianesque du genre, illustre ce propos à merveille. De quoi s’agit-t-il ? D’un jeune auteur nommé Jean Foscolani alias Fosco qui s’apprête à publier son premier roman et que son attachée de presse Clara entreprend de lancer au tout Paris des lettres. Clara qui lit en travers, mais avec passion, s’enivre au champagne, pour oublier – mais quoi? -, Clara, qui tance et agite la critique toute puissante en lançant à chacune et chacun : « retenez son nom – Foscolani – vous entendrez parler« . Et Clara, qui aime Saïd, le grand écrivain algérien pourchassé par le FIS, et qui abrite l’un et l’autre : elle est, bien sûr, l’héroïne de l’ombre de ce roman aux clés subtiles. Saïd qui ressemble au défunt Rachid Mimouni (l’histoire se passe – on omettait de la préciser – dans les années 1990) et au père de Fotto … euh… Foscolani. On oublie aussi la mère de ce dernier qui habite Royan. Bref, les clés ici sont transparentes, les portes faciles à ouvrir. Les personnages attachants. L’histoire du jeune Foscolani, pauvre et paumé, qui fait le chauffeur pour ses amis du monde des lettres car il est le seul à posséder le permis et une voiture cabossée, se lit comme un vertueux roman d’apprentissage. Tendre et nostalgique, vif et prenant, évidemment sensible. Bref, du bon Fottorino.
Des Gens Sensibles, d’Eric Fottorino (Gallimard, 153 pages, 18 €).








