Bofinger
« Paris 4e : retour chez Bofinger »
La plus belle brasserie de Paris ? Sans doute ou au moins l’une des plus chics sur le mode populaire et traditionnel, avec sa vaste coupole sous verrière Art nouveau qui illumine le rez-de-chaussée, ses pots en faïence ornés de cigognes, son salon Hansi avec ses tableaux de l’illustrateur alsacien Jean-Jacques Waltz né à Colmar en 1873, ses marqueteries de Spindler, comme celle de la cathédrale de Strasbourg ou encore celles de Panzani, consacrées à des paysages exotiques, ses riches vitraux – dont l’un est dédié au roi Gambrinus, souverain de la bière -, ses dessins splendides.
Depuis 1864 – soit sept ans avant l’annexion de l’Alsace à la Prusse – , créée par Frédéric Bofinger, alsacien émigré et prévoyant, le lieu jouait les ambassades de l’Alsace à Paris. Un siècle et demi plus tard, la maison, devenue la perle du groupe Bertrand proche de la place de la Bastille demeure bien dans son rôle, mieux elle enrichit sa manière. Le sage Marc-Henri Vergé veille sur l’ensemble des cuisines maison et les tire vers le haut. Le chef, d’ici, Georges Belondrade est là depuis des lustres, prolongeant un style qui plaît sans mal.`
Un repas ici, avec les banquettes de moleskine, les grands miroirs, les belles tables nappées de blanc, comme décor, le service souriant d’un personnel motivé et aux aguets, plus un programme qui unit tradition alsacienne et parisienne : voilà ce qui vous attend là. Tarte flambée au lard fumé, foie gras au gewurztraminer et confit de pinot noir, pâté en croûte de volaille au foie gras ou artichauts poivrades et roquette font partie des jolies choses qui permettent de débuter avec mesure.
La choucroute Bofinger avec saucisses blanche, strasbourgeoise ou knack, montbéliarde, palette ou échine, lard et beau jarret, la choucroute de la mer aux poissons et beurre blanc, le filet de bœuf flambé sauce poivre font de bien jolis plats « de résistance » (au temps où l’Alsace était annexée à la Prusse, de 1871 à 1918, on pouvait résister ainsi avec délicatesse). Tandis que les voisins se régalent joyeusement de sole meunière ou de homard flambé au whisky avec sa béarnaise et ses frites.
On boit là-dessus le riesling produit sur les sols d’alluvions de la Hardt par le domaine Robert Schoffit aux abords de Colmar en 2020 avec son joli nez « pétrolé » et, en rouge, le fruité fleurie les Marrans 2023 du domaine des Marrans. Et on achève sur le munster flambé au marc de gewurztraminer, le gâteau Forêt Noire avec ses cerises au kirsch ou les rituelles crêpes Suzette au Grand Marnier. Sans omettre l’ultime ponctuation régionale d’une eau de vie de mirabelle distillerie Nusbaumer à Steige. Vive Bofinger et l’Alsace à Paris!














