Quelques-uns des plus beaux hôtels de Venise

Article du 5 novembre 2026

Sur le Grand Canal, le long de la Riva degli Schiavoni, dans les ruelles de San Marco ou de l’autre côté de l’eau, à la Giudecca, Venise loge ses hôtes dans des palais qui ont chacun leur roman. Ancienne Bourse, demeure de doge, palais toujours habité par ses comtes, maison de légende née en 1958 ou relais d’écrivains voyageurs : voici cinq hôtels de Venise où la Sérénissime se raconte, de la chambre à la table.

Nolinski Venezia

La bibliothèque du Nolinski Venezia ©Guillaume de Laubier

Le bâtiment fut achevé en 1929 pour la Bourse du commerce : signé Umberto Bellotto, premier immeuble vénitien en béton armé, il mêle Art nouveau, Stile Liberty et modernisme sous une façade à chimères marines, à deux canaux de la place Saint-Marc et à un pont de La Fenice. Evok (Brach, Nolinski Paris) en a fait un 5 étoiles, sa première adresse hors de France, décoré par le duo franco-italien Yann Le Coadic et Alessandro Scotto, auteur de la Cour des Vosges. 43 chambres, dont 13 suites, déclinent têtes de lit en stucco marbro, boiseries de manguier, marmorino gris, velours rose poudré, portraits du Quattrocento et, dans chaque salle de bains, un poulpe de mosaïque. Les chambres classiques, certes, s’en tiennent à 22 m². Mais les suites Bianca, Caterina, Tiziano ou Pietro ont des allures d’appartements, la Pietro (82 m²) avec terrasse privée.

Une suite du ©Nolinski Venezia

On monte au troisième, dans l’ancienne salle du Conseil, où le restaurant Zeffirino, institution génoise fondée par Zeffirino Belloni et chère à Sinatra, ne sert que le soir : mandilli au pesto selon la recette de 1939, paffuttelli alla Frank, raviolis à la crème de pesto dédiés à Lumarzo, village natal de la mère du crooner. Au même étage, le bar-bibliothèque aligne plus de quatre mille livres sous une fresque de Simon Buret, la voix du groupe AaRON, dont la sirène dessine en secret la carte des canaux. Tout en haut, le bassin à la mosaïque d’or regarde les toits. Histoire, art et pesto.

Restaurant Zeffirino du ©Nolinski Venezia

 

Nolinski Venezia
Calle Larga XXII Marzo, 2032, 30124 Venezia VE, Italie
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Aman Venice

Bâti en 1550 sur le Grand Canal, à quelques minutes du Rialto, le palais Papadopoli est l’un des huit palais monumentaux de la ville. Les fresques de Tiepolo y ornent nombre de pièces et, au XIXe siècle, les Papadopoli firent de bâtiments voisins deux jardins privés, parmi les plus rares de Venise. Aman s’y installa en 2013, après une restauration couronnée meilleure d’Italie, mais la famille du comte Giberto Arrivabene Valenti Gonzaga habite toujours le dernier étage. On y arrive de préférence par l’eau.

Alcova Tiepolo Suite ©Aman Venice

24 chambres et suites seulement, de 47 m² au moins, avec soieries murales, lustres, boiseries, chinoiseries et plafonds peints, que le mobilier contemporain voulu par Jean-Michel Gathy ne contredit jamais. L’Alcova Tiepolo Suite a ses fresques du maître et son salon chinois peint à la main, la Sansovino Stanza sa cheminée du XVIe signée Sansovino. Côté table ? Au piano nobile, sous un plafond de Cesare Rotta, le Piémontais Matteo Panfilio sert à l’Arva des plats de saison, tel ce risotto courge, saint-jacques et citron ; aux beaux jours, on dîne dehors face au canal, sur une carte inspirée par le Rialto. Le bar, clin d’œil à Byron, aligne la plus vaste carte de gins de Venise. Un palais habité plus qu’un hôtel.

Arva Restaurant ©Aman Venice

Aman Venice
Palazzo Papadopoli, Calle Tiepolo, 1364, 30125 Venezia VE, Italie

Hotel Cipriani

Giuseppe Cipriani, fondateur du Harry’s Bar cher à Hemingway, décida en 1956 de bâtir un hôtel tout près de Saint-Marc, mais à l’écart de sa foule. Ce fut la pointe de la Giudecca, à cinq minutes de navette de la place, et la maison ouvrit en 1958. La première dédicace du livre d’or revint à Martine Carol, qui avait fait trois fois le tour du monde et voulait rester là ; Sophia Loren, Cary Grant et les Clooney suivirent.

Suite Serenissima de l’Hotel Cipriani © Belmond

79 chambres et suites, dont certaines dans le palais Vendramin, du XVe siècle, regardent la lagune ou les jardins Casanova, et Peter Marino en conduit la rénovation par étapes. La piscine, seule du centre de Venise, doit sa taille à un quiproquo : Cipriani avait dit 25 mètres sur 50, ses financiers pensaient en pieds. À l’Oro, étoilé et redessiné par Marino, Vania Ghedini officie sous la direction de Massimo Bottura ; le menu Laguna 2026 alignait seiche rôtie à la réduction de squille et aux huîtres, esturgeon sauce au caviar de Ferrare. Certes, il faudra attendre la réouverture, le 1er juin 2027. Mais on retrouvera au bar Gabbiano le Bellini que le patron inventa en 1948, de recette inchangée : pêches blanches fraîches, et seulement en saison.

Oro Restaurant de l’Hotel Cipriani © Belmond

Hotel Cipriani, A Belmond Hotel
Giudecca, 10, 30133 Venezia VE, Italie
Réouverture le 1er juin 2027
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Londra Palace Venezia

Sur la Riva degli Schiavoni, l’Hôtel d’Angleterre ouvrit en 1853, le Beau Rivage en 1865 juste à côté ; réunis en 1900, ils formèrent « l’hôtel aux cent fenêtres », baptisé Londra Palace en 1973. Tchaïkovski y passa décembre 1877 à travailler sa Quatrième Symphonie (« je pense, je rêve, je lis, je me souviens, en un mot je me repose »). Jules Verne, venu incognito en juillet 1884, vit la ville tirer un feu d’artifice en son honneur et la façade écrire son nom en bougies.

Chambre Deluxe vue lagune ©Londra Palace Venezia

Relais & Châteaux, la maison a ramené ses chambres de 73 à 52, une par semaine de l’année, entre brocarts, soieries, bois précieux et marbres. On vise la lagune : seules les chambres classiques se contentent des toits, et les suites Jules Verne et Borges regardent l’eau. Le directeur, Alain Bullo, est le fils d’Aldo, qui y servit 56 ans, surtout comme chef concierge. Sur la terrasse, Daniele Galliazzo, enfant de la campagne trévisane, accommode viandes, poissons et légumes de Vénétie ; à midi, le bistrot sert spaghetti alle vongole et tiramisù. Le soir, un piano joue au bar de 19 à 21 heures, et Marino Lucchetti, chef barman depuis vingt ans, y prépare un Bellini de saison que beaucoup tiennent pour le meilleur de Venise.

Terrasse du restaurant ©Londra Palace Venezia

Londra Palace Venezia
Riva degli Schiavoni, Castello 4171, 30122 Venezia VE, Italie

The Gritti Palace

Les Pisani lui donnèrent sa forme gothique en 1475, le doge Andrea Gritti en fit sa résidence en 1525, et le palais, posé sur le Grand Canal face à la Salute, ne devint hôtel qu’en 1895. John Ruskin y séjourna longuement avec sa jeune épouse et y écrivit Les Pierres de Venise ; Hemingway et Somerset Maugham y ont aujourd’hui leur suite. Nous l’avions chroniqué en 2014, puis en 2016, et le Michelin lui a décerné deux clés en 2024 comme en 2025.

Chambre Landmark Grand Canal ©The Gritti Palace

82 chambres et suites réunissent meubles anciens, tissus précieux, appliques et lustres de Murano, les chambres doubles ajoutant leurs bois peints à la main dans le goût du XVIIIe vénitien. Dix suites Signature regardent le canal ou le campo Santa Maria del Giglio, et la Redentore s’offre, sur le toit, une terrasse privée de 250 m². À table, au Club del Doge, le chef Alberto Fol marie lagune et montagnes vénètes dans ses saint-jacques alla cacciatora ; d’avril à octobre, on déjeune sur la terrasse, au ras de l’eau. Au bar Longhi, Cristiano Luciani signe un martini au fenouil sauvage. Et l’École épicurienne, née en 1975, propose des cours d’une demi-journée qui débutent au marché du Rialto, avec halte au bacaro pour un prosecco et des cicchetti.

Terrasse du restaurant ©The Gritti Palace

The Gritti Palace, a Luxury Collection Hotel
Campo Santa Maria del Giglio, 2467, 30124 Venezia VE, Italie

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Publié le  5 novembre 2026 par
Catégorie : Coups de coeur, Voyages Tags : , ,

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