Le Cintra
« Lyon : nostalgique Cintra ! »
Il y a des lieux qui traversent le temps sans jamais perdre leur éclat. Le Cintra, créé en 1921 par des négociants portugais originaires de Sintra, sur la presqu’île face à la Bourse, est de ceux-là. Bar mythique, témoin de mille vies nocturnes et de verres partagés, il a servi de décor à nombre de tournages (de « l’Armée des Ombres » de Jean-Pierre Melville à « Alice et le Maire » avec Fabrice Lucchini, sans omettre « la femme coupée en deux » de Claude Chabrol) , comme si le cinéma avait naturellement reconnu en lui un personnage à part entière.
Dès l’entrée, le charme opère. Boiseries verniers, beau bar, anciens fûts de porto, banquettes patinées, miroirs complices, lumière tamisée : ici, chaque détail raconte une histoire et semble surgir d’une époque où l’on prenait le temps. Il y aussi cette salle cossue dédiée à Alain Bernardin, le fondateur du Crazy Horse Saloon, natif de Dijon, mais qui adorait le lieu. Le Cintra n’est pas un bar à concept, c’est un établissement qui a bien vécu (gens de Justice, comme le juge Renaud, voyous patentés, gang des Lyonnais et hommes politiques de Louis Pradel à Francisque Collomb l’ont notamment fréquenté).
Les réalisateurs ne s’y sont pas trompés, y trouvant ce supplément d’âme que les décors fabriqués peinent à imiter. On s’y installe pour un café, un verre de vin ou un apéritif qui s’étire. La clientèle est à l’image du lieu : mêlée, fidèle, parfois de passage mais rarement indifférente. On y croise des habitués qui semblent faire partie du décor autant que les moulures, et des curieux venus goûter à cette légende lyonnaise. Côté carte, rien de tapageur — et c’est très bien ainsi. Le Cintra joue la simplicité efficace, laissant la vedette à l’atmosphère.
Ici, on ne vient pas chercher la dernière tendance, mais un moment suspendu, presque hors du temps. Certains diront que le lieu a un peu vieilli. Mais c’est cette patine qui fait son charme. À l’heure des bars standardisés et interchangeables, le Cintra rappelle qu’un bar peut avoir une âme. Plus qu’un décor de cinéma, voilà un vrai morceau de Lyon.














