Haguenau : Eric Fuchs, aubergiste alsacien formidable
La maison, on la connaît : un motel à l’américaine façon route 66 – bâti en 1967. Revue depuis belle lurette (presque 28 ans!) par le truculent Eric Fuchs en lieu alerte et chaleureux, elle est devenue une table drôle, vivante, conviviale, avec sa terrasse bucolique sur l’arrière, sa terrasse en verrière, au-delà de l’ex winstub maison. Dans ce lieu baroque, qui joue de tous les styles avec habileté, Eric Fuchs reçoit en aubergiste conquérant. Formé jadis à l’école hôtelière de Nice, puis d’Illkirch, commis à la SBM à Monaco, demi-chef saucier à Intercontinental de Stuttgart, puis entremetier à l’Unterköne Unterstrass près de Zurich, il fut chef durant six ans de l’Auberge d’Imsthal à la Petite Pierre avant de reprendre cette maison-ci.
Les chambres ont été modernisées avec quelques notes de charme (ces faux baldaquins tutoyant les salles d’eau fonctionnelles et modernes), la terrasse couverte est devenu un restaurant à part entière. Et tandis qu’en cuisine officie ce briscard de Raoul Hildenbrand, ex de l’Ancienne Douane, qui connaît la musique de tradition et que sa compagne Elisabeth Gless dirige le service et conseille les vins avec entrain, le formidable Eric joue l’aubergiste affable, recevant chaque client en ami avec un accueil digne de l’Ami Fritz raconté par Erckmann-Chatrian.
Ce qui vous attend là ? Du bon, du savoureux, du classique, du généreux, sans chichi, mais non sans idées. Ainsi la crème d’oignons et paprika fumé en amuse-bouche, la ballottine de foie gras avec son chutney de saison aux mirabelles et sa brioche toastée, la burrata avec sa salade de tomates, plus pesto pistache et basilic ou encore l’oeuf parfait au carpaccio de Serrano, écume et copeaux de manchego, roquette font des entrées de caractère.
Les plats de résistance peuvent être des mets de tradition, comme la bouchée à la reine ou l’escalope cordon bleu, des viandes d’exception gardées en chambre de maturation et présentées à la table, telle l’entrecôte maturée avec sa béarnaise légère, des plats méditerranéens et estivaux d’allure telle la lotte en bourride, le carré d’agneau persillé ou la picanha de veau avec ses crozets présentés façon paella ou encore la lasagne végétarienne.
En desserts, la glace framboise et vanille meringuée ou le sorbet chocolat du « Glacier des Alpes » permettent de terminer en fraîcheur. Mais la crème brûlée à la vanille et la belle tarte aux mirabelles indiquent que le registre maison ne s’arrête pas au salé. Un coup de chapeau, enfin à la grande carte des vins qui vaut à elle seule le voyage ici même comme aux eaux de vie. Le choix entre Bourgogne et Bordeaux est vaste.
Et si l’on démarre en Alsace avec le gewurztraminer numéro 3 Wunsch et Mann, sec (ou « dry », comme trois -« drei » en allemand), gewurz mais plus doux Oberberg Steinseltz de la cave de Cleebourg, idéal sur le foie gras, on vogue ensuite vers le Médoc avec le superbe château Lilian Ladouys, saint estephe cru exceptionnel 2021 avant de faire un sort à la quetsche et à la vieille prune de chez Hepp à Uberach. Santé à tous et merci au merveilleux Eric Fuchs !
Les Pins
67500 Haguenau
Tél. 03 88 93 68 40
Chambres : 72-95 €
Menus : 26 (déj., formule, sem.), 30 (déj., formule, sem.) €
Carte : 55-85 €
Horaires : 12h-13h45, 19h-21h45
Fermeture hebdo. : sam. midi, dim. soir, lundi.
Site: www.hotelrestaurantlespinshaguenau.com












