Promenade gourmande dans Macao
Carnets de voyage par notre ami Gilles Malaisé qui anime le blog travelfirst.com et nous chante aujourd’hui les charmes des ruelles et de la gourmandise de Macao. Suivons-le.
Connaissez-vous Macao ? Avez-vous déjà songé à passer quelques jours dans cette ancienne enclave portugaise, si proche de Canton (une heure de l’aéroport en train à grande vitesse) et de Hong Kong (avec des ferries toutes les 30 minutes) ? Il est si facile de s’y rendre depuis Paris. On croise principalement des Asiatiques dans ce Las Vegas extrême oriental, qui ne demande qu’à être redécouvert par les Européens.
Cette ville mystérieuse et cosmopolite a de quoi attirer. Pour ma part, la révélation est venue d’un bijou du septième art un peu oublié : Le Monocle rit jaune où Paul Meurisse, mandarin ganté, avec son aristocratique monocle trucide une armée de Chinois au pied des ruines fantomatiques de la cathédrale São Paulo. La réalité de la ville d’aujourd’hui, restée étonnamment authentique, se trouve davantage dans ses ruelles embaumées par l’huile de friture et l’encens des pagodes, ses marchés effervescents et colorés et ses restaurants allant du boui-boui aux trois étoiles : car Macao, bien plus que Shangaï ou Canton, est devenue la capitale gastronomique de la Chine !
Dès l’aube, la cité ensoleillée enlace le promeneur de ses arômes. Dans Taipa Village, le discret parfum des dim sum (beignets vapeur, honteusement galvaudés à Paris mais exquis ici, consommés essentiellement au petit-déjeuner) se mêle à celui, plus caractéristique, des peaux de porc grillées, écrasées puis reconstituées sous forme de feuilles croustillantes pimentées au piri-piri, qu’on fait goûter avec une parcimonie toute chinoise aux touristes. Lesquels adorent descendre la Rua de São Paulo en se ravitaillant sans casser leur tirelire d’échantillons de tout ce que produit Macao. Vibrant héritage des Portugais, les marchés, comme celui de la Rua do Cunha, débordent de vie et le poisson abonde. Il y a les panopes, les rares «palourdes à trompe d’éléphant» vantées pour leurs vertus aphrodisiaques comme nombre d’épices proposées ici.
En descendant la rue perpendiculaire au marché de la Rua do Cunha se dévoile une file d’attente interminable composée de quelques 200 personnes avec leur panier. Des Macanais mêlés à quelques touristes attendent patiemment pour acheter les meilleurs «biscoitos de amendoas » de la ville : gâteaux aux amandes, dont la douceur torréfiée et unique est très appréciée. C’est, avec les « pastéis de nata », le souvenir le plus rapporté vers la Chine ou l’Europe. Ces tartelettes dorées, truffées d’une crème de flan soyeuse, meilleures légèrement brûlées, saupoudrées de cannelle et à savourer chez Lord Stow’s Bakery à Coloane, symbolisent à elles-seules la présence portugaise, chaque bouchée vous rapprochant de Lisbonne ou de Porto.
Plus cantonnais (mais les Macanais vous assurent le contraire et prônent la paternité portugaise), les tripes de bœuf « offal », mijotées parfois pendant plusieurs jours avec gingembre et épices (dont beaucoup de badiane et de cannelle) et quelques pommes de terre, sont la grande spécialité populaire de Macao. Pour 7 euros, une portion royale vous sera servi dans un bol en plastique, accompagnée d’une bière Tsingtao bien fraîche. Un plat unique et idéal pour reprendre des forces et gravir et descendre les rues de la ville.
Les maisons de thé, comme la Casa de Cha Long, permettent de faire une pause. En revanche, dans cette ville où le thé prédomine, il est difficile de trouver un espresso, ou même un simple café filtre… Côté gastronomiques, les grands chefs internationaux ont bien sûr tous leurs ambassades dans les grands hôtels de la ville à l’instar de Robuchon dont le Au Dôme ne désemplit guère où d’Alfonso Iccarino au Grand Lisboa. C’est bon, c’est chic et parfois bling bling… comme à Londres, Paris, New York ou Sydney. Dans ce registre, un coup de coeur dure néanmoins pour le Lai Heen du sublime Ritz-Carlton, qui a reçu une étoile au Michelin pour son canard laqué à la peau craquante mais pas grasse, et ses nouilles sautées aux fruits de mer.
Dans les ruelles, les pork chop buns, petits pains farcis de côtelettes juteuses, satisfont agréablement une petite faim. Mais c’est la cuisine portugaise et macanaise qui titille le mieux les appétits. Avec le « minchi », ce hachis de viande parfumé de soja, couronné d’un œuf frit, facile à trouver un peu partout et à la base de la cuisine ibérique. Ne loupez pas le bacalhau à brás – morue émiettée, mêlée d’œufs et de pommes de terre – ou le frango à portuguesa, poulet rôti, parfois aussi mijoté au curcuma et au lait de coco dans une fusion vibrante entre l’Asie et l’Europe mais aussi le leitão, cochon de lait rôti dont on se régalera d’une portion pour une dizaine d’euros seulement.
Une vraie concentration de restaurants portugais s’offre enfin à Old Taipa Village, sorte de Montmartre local mêlant le pire et le meilleur et qu’il faut absolument visiter. Mais mieux vaut connaître les vraies adresses au risque de se faire plumer comme un touriste ! Notre recommandation va en faveur d’Amalia, dans une ruelle où le temps semble suspendu. Une vraie brasserie comme à Lisbonne, avec en plus de superbes plats macanais. Le chef est talentueux, le service parfait et la patronne fine connaisseuse de la cuisine et des vins de l’Alentejo.
Quelques bonnes adresses:
- Amalia, 300 R. Direita Carlos Eugenio, Taipa Village. Plats dès 150 MOP. Réservations: +853 2826 2628.
- Lord Stow’s Bakery, R. do Tassara, 1, Coloane. Pastéis de nata 12 MOP.
- Lai Heen, Ritz-Carlton, Estrada da Baía de Nossa Senhora da Esperança. Plats dès 300 MOP. Réservations: +853-8886-6868
- Casa de Cha Long Wa, Rua dos Mercadores, Macao. Thés et plats dès 50 MOP.
















