Bocuse malgré moi d’Eve-Marie Zizza-Lalu

Article du 23 septembre 2024

Après Paul Bocuse à l’endroit, voilà l’envers. Eve-Marie Zizza-Lalu,  qui avait écrit la biographie officielle du maître (« le Feu sacré« ), parue en 2010, rééditée en 2018, révélant les détails de la vie du grand homme, son itinéraire, sa fulgurante carrière, sa vie secrète, ses trois femmes, nous livre son Bocuse à elle, à la fois personnel, charismatique, généreux, égocentrique et étouffant. « Bocuse malgré moi », c’est l’histoire d’une petite fille qui se souvient. De l’intrusion du personnage emblématique dans la vie de sa mère, donc dans la sienne. Eve-Marie est, en effet, la fille de la troisième femme « officielle » du maître, de Patricia, qui est à la fois la directrice de sa marque, et qui est disponible, discrète, divorcée, élevant seule, difficilement, sa fille, qui – anticipons un peu – fera de brillantes études de lettres,  ce dont Bocuse dira constamment sa fierté. Mais Patricia ne supporte difficilement l’intrusion du grand homme dans la vie de sa mère et la sienne avec son portrait affichée en en timbres dans sa cuisine (illustration de la couverture ci-dessus), ses arrivées quotidiennes pour le goûter, la part grandissante qu’il prend dans sa vie. Elle devient la belle-fille, pas si secrète que ça, du maître, qui a deux enfants officiels (Françoise de son épouse Raymonde, et qui deviendra Mme Bernachon, Jérôme de sa maîtresse Raymone, dit Ramone – pour ne pas la confondre avec la première – et qui vit aux USA). Elle compose avec la vie de maman Patricia qui voyage beaucoup pour le grand homme. Dîne à Noël, à la maison, dans le vaisselle du maître, d’une soupe aux truffes VGE, d’un oreiller de la belle Aurore, d’un lièvre à la royale et d’un gâteau « président ». Que rêver de mieux ? Mais pour l’enfant qu’elle fut, la tutelle bocusienne, son omniprésence est pesante. Ce livre, rédigé avec brio et clarté, qui se croque et se dévore, joue évidemment le rôle de psychothérapie pour l’auteur, mais offre la vision passionnante de l’envers d’un grand chef vu avec les yeux d’une petite fille qui grandit et se révèle à elle-même. Ses dernières pages, lorsque le maître est en fin de vie, que l’enterrement attire la grande foule des chefs du monde entier, alors que la pluie tombe à gros bouillons sur la Saône et que Pierre Troisgros lui dit adieu sont particulièrement poignantes. Soyons sûr que Paul Bocuse, qui se rêvait en « Paulo des bords de Saône », aurait aimé ce beau livre dont il est le héros … malgré lui.

Bocuse malgré moi, d’Eve-Marie Zizza-Lalu (Stock, 298 pages, 20,90 €).

 

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Publié le  23 septembre 2024 par

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