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Les Monuments de Paris de Violaine Huisman

Article du 5 janvier 2024

Elle a consacré un livre remarqué à sa mère suicidée (« Fugitive parce que reine« ). Voilà le tombeau offert à son père, Denis Huisman, enseignant, philosophe et businessman, fondateur de plusieurs écoles (dont l’EFAP, école française d’attachés de presse), auteur de nombreux livres dédiés à la fois à l’art de la communication et de la philosophie pour tous, Que Sais-Je, manuels pédagogiques – le « Vergez et Huisman » était, jadis, un classique pour classes terminales – et recueils de citations pour briller au Bac. Mais le tombeau dont il est question est également dédié par Violaine à son grand-père Georges Huisman, directeur général des Beaux-Arts, conseiller d’État, qui fut secrétaire général de l’Elysée sous Paul Doumer, l’ami de Roland Dorgelès à qui il sauve la vie durant la guerre de 14-18 et qui lui revaudra la pareille en 1942, le délivrant des Allemands, qui sera à l’origine de la création du festival de Cannes et aidera à la préservation du patrimoine parisien. Le père de visu, le grand-père sur archives retrouvées dans la maison familiale de Valmondois : la matière de Violaine Huisman demeure celle de ses origines. Elle trace un portrait passionnant, fusionnant,  de son père, grand séducteur, marié quatre fois, père de huit enfants – elle est la dernière, la préférée, le « petit ange ». Pourtant le portrait est souvent à charge. Misogyne, pédant, mondain, hâbleur, cumulant honneurs, entreprises, titres et décorations – qu’il se vante d’avoir demandées -, Denis Huisman (dont le prénom n’est jamais dévoilé) est un formidable personnage de fiction. Même si l’on pense que sa fille Violaine, qui écrit avec brio, richesse, rudesse, a surtout enrichi, sinon la vie de son grand-père (dont sa fille possède le prénom, sans « s »), du moins sa fuite durant l’exode, après le château de Chaumont-sur-Loire où sont rapatriées les archives familiales jusqu’à la traversée avec son ami Jean Zay, et pas mal d’autres, du « Massilia » vers l’Afrique du Nord, puis son retour vers la France occupée, ses amours passionnées avec la belle Choute de Montmoreau, marquise, puis duchesse, vite veuve, sa collaboratrice, puis sa maîtresse attitrée de vingt ans sa cadette. La scène du grand-père troussant, « vite fait« , son égérie ayant gardé ses porte-jarretelles sur un maroquin de son bureau officiel, fait sourire. Comme d’ailleurs les détails concernant l’hygiène curieuse de son père n’ayant connu que le rafraichissement de la bouche à la menthe Ricqlès. Mais ce sont tous ces secrets intimes dévoilés qui donnent sel vécu et prix éclairant à ce « roman » comme l’indique la couverture. Une partie pour l’un, une pour l’autre, sans que les frontières ne soient closes : Violaine Huisman rend ainsi  un hommage double à ses « monuments français » et garde, pour elle-même, une troisième partie, plus courte, en forme d’épilogue et d’aveu,  s’imaginant achevant son livre à Marseille en période de confinement dans une pension marseillaise où elle peut avoir ses aises, où la solitude peut lui donner des ailes, tandis que deux de ses amies proches gagnent leurs galons de gloire au festival de Cannes. Les derniers mots du livre ? Ils seront pour ce père tant aimé, malgré tout, veillé par elle au seuil de la mort. Voilà un livre troublant, riche, dense, prenant, qu’on ne lâche guère avant la fin.

Les Monuments de Paris de Violaine Huisman (Gallimard, 288 pages, 19 €.)

A propos de cet article

Publié le  5 janvier 2024 par

Les Monuments de Paris de Violaine Huisman” : 2 avis

  • « sans que les frontières ne soient closes : » quel plaisir d’avoir de bons lecteurs! Merci à vous et bonne année .

  • yan35

    il faut se relire!:
    sans que les frontières soient closes,
    veillé par elle

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