A pied d’oeuvre de Franck Courtès

Article du 11 septembre 2023
Il était photographe, gagnait bien son pain, même si la situation de son métier se gâte, si un directeur de rédaction lui affirme qu’il refuse sciemment de le payer, car il n’aura pas, lui, trop pauvre pour se payer un avocat, les moyens de chercher réparation en justice. Décide alors d’abandonner la photo pour se consacrer à l’écriture. Franck Courtès découvre alors la pauvreté, la vraie, la difficulté de se loger, de se nourrir, entreprend d’effectuer des tâches ménagères ordinaires pour mettre un peu de beurre dans son absence d’épinards. Et dresse ici le récit radical et lucide de sa nouvelle situation. Il accepte de payer sa liberté au prix fort, décide d’être manutentionnaire le jour, écrivain la nuit, même écrasé de fatigue. On songe, bien sûr, au « Quai de Ouistreham », où Florence Aubenas s’improvise femme de ménage sur les bateaux amarrés au port de Caen. Mais c’était une situation provisoire, le temps d’effectuer un grand reportage, d’écrire un livre. Courtès livre ici les dessous d’une descente sociale dont on n’est pas bien sûr de percevoir le fonds et la fin. « Entre mon métier d’écrivain et celui de manoeuvre, je ne suis socialement plus rien de précis. Je suis à la misère ce que cinq heures du soir en hiver sont à l’obscurité : il fait noir mais ce n’est pas encore la nuit. » Le brio de l’écriture et un rien d’autodérision font de ce livre, précis, sombre, passionnant, un ouvrage rare et attachant.

A pied d’oeuvre, de Franck Courtès (Gallimard, 190 pages, 18,50 €).

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Publié le  11 septembre 2023 par
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