Hué : comme un empereur à Hué
Elle fut la capitale impériale du Vietnam unifié, celle de l’Annam aux temps de l’Empire français, puis une cité de la république du Sud-Vietnam, non loin de la zone démilitarisée. L’offensive du Têt de 1968 détruisit une bonne partie de sa Cité Pourpre Interdite, bâtie sur le modèle de celle de Pékin. Pourtant, Hué garde sa magie, sa vigueur, comme sa légendaire lenteur. Est-ce dû à ses riches pagodes – telle celle de Thien Mu, où l’on admire, face au fleuve, sa tour octogonale de sept étages, ses jardins, sa cloche de bronze de 1710 et l’Austin Bleue, qui mena à Saigon, en 1963, Thich Quang, le premier bonze à s’immoler par le feu – ? Ou à ses immenses tombeaux royaux ?
Dans ces jardins de repos aux airs de parcs à la française, comme des havres de paix bâtis selon les règles de la géomancie, reposent l’âme des empereurs Guyen qui régnèrent à partir de 1802. Celui de Minh Mang, second de la dynastie, est le plus somptueux, avec sa porte ouvragée, ses gardiens de pierre, ses temples, ses ponts, son pavillon de pêche, ses ruisseaux. Celui de Tu Duc, dans une pinède, avec son lac où poussent jacinthes et lotus, est celui d’un poète solitaire, avec son pavillon de lecture et d’écriture, son autobiographie critique inscrite sur une dalle géante qui est celle d’un petit homme, demeuré stérile, malgré ses 104 épouses.
Mais l’on n’aura garde de négliger celle du dernier d’entre eux, Khai Dinh, enterré à Hué – son fils, Bao Daï, qui vécut les révolutions récentes, mourut lui, à Paris, en exil. Elle mélange les styles – le chinois, l’antique, l’art déco, le rococo façon Louis II -, avec des réminiscences à Angkor, usant du granit, du marbre comme du béton, sans omettre les mosaïques dans sa sépulture finale. Les mandarins solennels qui le veillent pour l’éternité sont parmi les plus réussis du genre.
On l’a compris : Hué garde une magie unique, malgré les avanies du temps. La ville, avec ses 300000 habitants, sa verdure et son calme, contraste avec l’agitation de Saigon et la relative rigueur d’Hanoi. Elle demeure ce qu’elle fut : une cité de seigneurs. Une promenade romantique sur Huong Giang, la rivière des parfums qui la coupe en deux – et doit son nom aux plantes odorantes jadis cultivées aux abords – donne une idée de cette grâce fragile.
Pour séjourner en ville, les bonnes adresses, caravansérails modernes, ne manquent pas comme le Silk Path Grand. Ce vaste ensemble néo-1900 ou néo-coolonial, battant pavillon vietnamien, offrant l’allure luxueuse et moderne avec ses beaux salons d’accueil ornés de meubles distingués et de tableaux colorés, son jardin avec piscine, sa vaste et très chic salle de restaurant où l’on découvre la cuisine locale comme le « bun bo hué » (rien à voir avec notre « bo bun » parisien, mélangeant. nems, viandes et salades).
Des cuisiniers au fait de leur sujet vous propose ce copieux repas du matin, avec bouillon au boeuf, nouilles, épices, boulettes de crabe, qui est le cousin du « pho » d’Hanoï. Mais les douceurs françaises ou US, entre gaufres, croissants, pancakes, sont également au rendez-vous. Les chambres sont vastes, offrant des vues sur la rivière des Parfums, et leur vrai défaut est les salles de bain (en marbre) étroites avec leurs baignoires (et fausse douche) à l’ancienne.















Le meilleur hôtel de Hué est l’iconique Azerai La Résidence. Sublime exemple d’architecture coloniale Française, et service aussi bon qu’au Mandarin Oriental Bangkok. Problème, il n’est pas très central.
Merci!
Bravo pour cet article inspiré !