Les amours farfelues de Patrick Besson

Article du 29 janvier 2026

Ce pourrait être les tribulations de Patrick Besson à Hollywood… et c’est un peu plus que ça. Si vous suivez l’inénarrable Patrick depuis « les Petits Maux d’Amour » (ce surdoué avait alors dix sept ans) ou « la Maison du jeune homme seul » (mon premier article pour le Point lors de sa réédition en 1986), si vous l’avez louangé pour « Dara » (grand prix de l’Académie Française 1985 – ça ne nous rajeunit pas!), adoré pour « Accessible à une certaine mélancolie » (peut être son meilleur livre) ou les « Braban » (son Renaudot 1995) et ne l’avez pas lâché pour « Julius et Isaac » (qui loupa le Goncourt de 1992 après en avoir été le grand favori), ni pour « Scènes de ma vie privée » ou encore  « Presque tout Corneille« ,  vous aimerez connaître la suite de ses aventures. Il est l’homme aux 80 livres, romans, chroniques, libelles, pièces de théâtre, essais confondus. Se met en scène avec drôlerie, plus un mélange d’impudeur et d’auto-ironie qui force sinon l’admiration, du moins l’amitié complice du lecture lié par sa fidélité. Le voici donc, lui même, PB,  écrivain français en partance pour Hollywood en quête de sa 4e épouse, juste après son 3e divorce,  jetant son dévolu sur Jennifer Carpenter, la soeur de Dexter dans la série du même nom. Pourquoi tombe-t-il amoureux de cette dernière? C’est à la fois absolument farfelu et totalement absurde. Mais comme Besson (Patrick, pas Philippe!) écrit avec une drôlerie constant et un humour sardonique constant, on le suit. Et ce qui paraît illogique le devient réaliste ou presque. Le plaisir de le lire ? Ce style qui court toujours vers l’aphorisme. On apprend ainsi que « les aéroports sont devenus aussi  étouffants que les cathédrales sans fenêtres : presbyrères du capitalisme » . Ou que « le voyage en avion est un casino : on gagne une jeune et belle voisine ou encore un vieux voisin obèse« . Ou encore :  « les vieux ne devraient pas parler de leur âge, pourtant ils le font sans arrêt, croyant ainsi le masquer alors qu’ils l’exhibent« . Et tout le récit est de la même eau limpide et tiède. Bien sûr, la narration façon Besson n’est guère linéaire. Ilrencontrera une autre Jennifer sur le lieu de ses amours plus un autre dame (nommée Raskolnikova – Dostoïevski quand tu nous tiens!) au charme slave (l’auteur de « Dara » en raffole) et on imagine de folles bacchanales. Entre temps, on aura droit à un 11 septembre du tout Hollywood, où périront Brad Pitt et Georges Clooney (mais pas Matt Damon jugé par lui meilleur acteur). Notre auteur/héros fera un peu de prison, la même que DSK et s’en tirera mieux que lui, deviendra une sorte de héros télé. Bref, il s »en passe des choses dans ce récit rocambolesque de moins de 200 pages où Besson se place sous la gouverne de Roberts Jean-Marc (et non Julia), de sa « Partie Belle » et de sa « Comédie Légère », virant un tantinet à Helzapoppin. Bref, les références cinématographiques et littéraires (Drieu la Rochelle n’est pas oublié!) ne manquent pas. Et on ne s’ennuie pas une minute. Sacré Besson !

 

Le jour où je suis tombé amoureux, de Patrick Besson (Albin Michel, 162 pages, 19,90 €).

A propos de cet article

Publié le  29 janvier 2026 par

Et vous, qu'en avez-vous pensé ? Donnez-nous votre avis !