La flibuste selon San Ceresa

Article du 3 mars 2025

Frédéric Dard nous contait jadis « l’histoire de France selon San Antonio » dans un langage imagé et créatif empruntant beaucoup à l’argot. François Ceresa, que nous lecteurs connaissent bien, lui embraye le pas avec cette histoire de la flibuste évoquée à travers le personnage imaginaire de François de Maillereau, gentilhomme turbulent de l’île de Ré, devenu corsaire aux Antilles dérivant de Port Royal à l’île de la Tortue avec une joyeuse bande de Pieds Nickelés des mers. D’ailleurs, l’un des personnages du livre se nomme Forton, comme le créateur des Pieds susnommés. Les aventures dont il est ici question, comme une perpétuelle chasse au trésor, violents abordages à l’appui, sont à la fois truculentes, sanglantes et amoureuses. Les femmes se battent comme les hommes, maniant coutelas et pistolets, connaissant des destins tragiques similaires. Le sire de Maillereau, qui deviendra « Borgnefion », après un duel, pour sa folle compagnie, s’entoure de personnages secondaires haut en couleurs qui se nomment Pompe-le-Mousse, Triple-Pattes, Fend-l’Oreille, Pet-de-Nonne, Chou-Blanc, Grain-de-Celte ou Pisse-Partout. Et le chic de ce livre, à l’instar de celui de son grand ancêtre Frédéric D, est dans sa belle humeur langagière, sa créativité à tout crin. Imaginez les « Misérables » de Victor Hugo (dont Ceresa imagina jadis la suite) dialogués par Audiard et revus par le Boudard de « la Métamorphose des Cloportes », et vous aurez petite idée de ce livre qui se joue ici avec faconde de la bienséance, faisant de la cruauté assassine un bel art et déconstruisant le beau langage avec une verve argotique de haute voltige. L’humour tempère sans cesse ici le propos scabreux et les situations saugrenues. Quant au sens feuilletonesque de Ceresa – qu’on suivit avec plaisir sous la grande révolution dans le Lys Blanc –  s’exerce ici avec brio, permettant à son héros de traverser le siècle (le XVIIe, le grand, celui de Louis XIV et de Colbert) avec une souveraine agilité, de triompher des méchants, de Balandard, du Roc et de bien d’autres avec une agilité digne d’un Jack Bauer des temps reculés. Bref, pas question de s’ennuyer avec ces « Pavillons noirs » .

Pavillons Noirs, de François Cérésa (Les Editions de Paris/Max Chaleil, 207 pages, 17 €).

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Publié le  3 mars 2025 par

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