Au Coin des Pucelles
« Strasbourg : la divine surprise du Coin des Pucelles »
Les Albrecht, les maestros du Vieux Couvent à Rhinau ? On les connait et on les suit depuis une paille – quatre décennies ! Alexis qui a succédé à son père Jean, ne se contente pas de cuisiner les légumes du jardin (cultivés par papa) et les poissons du Rhin, près duquel se trouve la table familiale. Il vient de racheter, avec son cousin Mathieu Molteni, le mythique « Coin des Pucelles » sis à quelques pas de la cathédrale et millésimé 1947 qui charme avec son cadre rustique repeint de couleurs bleues pleines de gaité, ses banquettes de bois, ses luminaires modernes, gardant son atmosphère intime (on dit « heimlich » en Alsace, c’est à dire comme à la maison et comme avant).
Il y a toujours cette façade colorée et son enseigne ancienne dont un étudiant en médecine facétieux aurait enlevé la lettre i , jamais remise depuis et placée malicieusement sous cloche de verre (d’où ce bizarroïde « con des pucelles »…). Bref, le lieu charme et demeure cette winstub à l’ancienne, si attachante, façon « kachele » (ou « petit coin »), avec son serveur vif et bougon, Pierre Ohmann, qu’on vit il y a peu au Bistrot d’Antoine rue de la Courtine, même si Alexis, y voit, lui, un « bistrot contemporain », qui joue la tradition (mais sans tarte à l’oignon!) et le goût du jour.
L’essentiel ? On se régale ici d’exquise façon sous la gouverne du chef Azad Guiraud, ancien de chez Gilles Goujon à Fontjoncouse, d’Éric Pras chez Lameloise à Chagny et de l’éphémère Maïence, que driva le grand Gilles du Vieux Puits avec une pléiade de MOF, et qui oeuvra en « one man chaud » avec un unique plongeur plus, il est vrai, certains produits (comme le feuilleté de la bouchée à la reine) venus en direct de Rhinau.
On raffole, en tout cas, du cou d’oie de la ferme Lechner, farci comme une terrine, avec ses aigres doux du jardin comme ce potimarron en pickles, des nems de légumes et renouée odorante du jardin, sauce à la fleur de sureau, de la truite d’Alsace, fumée maison avec ses boutons d’ail des ours, son céleri rémoulade ou encore les g’filte knepfle, ces raviolis farcis à la manière de l’Alsace Bossue, aux courges du jardin, bouillon végétal, beurre noisette, graines de courges torréfiées
Parmi les morceaux de bravoure de la maison, on citera les exquises quenelles de brochet du Rhin, avec leur sauce au riesling, leur freekeh (le blé vert moyen-oriental) aux petits légumes, la bouchée à la reine servi avec le feuilleté pur beurre posée sur ses divers éléments de volaille, veau, godiveau et champignons crémés plus spätzle verts à la ciboulette. Mais les fleischschnacka – ces « escargots de viande » qui sont généralement du boeuf de pot au feu en pâte à nouilles revu avec chevreuil issu des chasses d’Alsace avec et consommé de viande et salade de mâche valent également le coup de chapeau.
Sur une carte des vins éclectique aux tarifs raisonnables, on mise sur la région avec le sylvaner « matin fou » du domaine Lindenlaub à Dorlisheim et le séducteur pinot noir d’assemblage prônant le meilleur de deux années, 2022/2023, signé André Kleinknecht à Mittelbergheim. Et, en dessert, on craque pour l’aumonière aux poires, avec crème patissiere au chocolat Colombie de Thierry Mulhaupt, sorbet poire d’Alsace, tarte aux pommes ou crème caramel à la reine des prés. Une divine surprise ! Mais attention, il n’y a que vingt cinq couverts !
















Nous avons eu la chance de dîner dès l’ouverture et nous avons passé un moment culinaire formidable dans un cadre authentique et décoré avec énormément de goût. Cette institution régionale revit enfin et de fort belle manière grâce à ses plats, ses produits de très haute qualité, sa magnifique carte des vins et son personnel d’expérience, Pierre aux petits soins avec ses clients et de très bon conseil. Nous reviendrons à coup sûr.
À noter que les horaires d’ouverture sont du Mercredi au Samedi, midi et soir. (Dans l’article il est noté lundi et dimanche jours de fermeture, erreur).