Chez Marius
« Paris 10e : Marius a bonne mine ! »
Ce fut jadis l’Enchotte, un troquet typique du 10e, face au marché Saint-Martin, avec sa haute façade, son monte-charge de 1903, son bar-comptoir, ses mets de toujours, à deux pas des gares de l’Est et du Nord. Yannick Aubrée, qui posséda jadis « l’Oiseau sans Tête » rue Beaurepaire et « Chez Casimir » ,rue de Belzunce, a fait de ce rade parigot, drôle et relaxe un lieu à part. La carte des vins est murale, avec sa foultitude d’inscriptions joyeuses, de prix divers, de flacons en tout genre. Les tables couvertes de nappes à carreaux rouges donnent le ton d’un bistrot à l’ancienne. La cuisine est, elle, très franco-italienne façon néo-vénitienne et le lieu se veut « Osteria ».
Explication : le chef Dimitri Gris est natif des Dolomites . On le découvrit jadis au « Covino » à Venise, annexe bonhomme du fameux Al Covo. Et rallié aux vertus parisiennes, il ne met son drapeau italien en poche. Et joue ici une partition pleine de charme et de délicatesse mêlant les saveurs de la Botte à celle du bistrot parigot à la française. Au programme, de beaux produits de la terre comme de la mer, rappelant celles de la lagune, cuisinés avec finesse très vénitienne. On adore ainsi la fraîche salade salade d’endives, avec puntarelle, mozzarella, harengs fumés, les superbes tripes de bœuf à la parmigiana (on dirait, nous, « à la romaine »), avec tomates et parmesan ou les impeccables linguine aux palourdes, poutargue, ail, persil et piment, bien corsées et d’une précision de cuisson sans faille.
Le tout enchantent sans discontinuer. Il y aussi l’os à moelle dit « gouttière », servi avec son tartare de bœuf, qui montre que le transalpin Dimitri peut faire franchouillard avec malice. Certes, les desserts n’ont jamais été sa partie forte et ne semblent guère le passionner. Mais la crème de mascarpone, avec figues fraîches et noix de pécan ou la brioche perdue (de chez Jean-Luc Poujauran), avec son caramel au beurre salé et sa glace font aisément l’affaire. Et la maison a tant de charme (notamment avec ses nappes à carreaux et ses serviettes en tissu), qu’on est prêt à tout lui pardonner.
Et, côté vins, le déluré Yannick fait miroiter ses coups de coeur avec malice. Ainsi le blanc Cros des Calades 2022 de Benoît et Florence Chazallon à Grospierres en Ardèche, comme le « Oh! … » beaujolais dit supérieur 2023 de Yann Bertrand à Villé-Morgon ou encore le blanc Agarrus “la cigogne et le … “ produit dans les Cévennes qui se goûtent avec plaisir. Vive Marius qui met pas mal d’esprit italien sur le chemin de la gare de l’Est.












