La chaleur humaine selon Serge Joncour
On se souvient de « Nature humaine« , où Serge Joncour imaginait une famille du Lot écartelée entre le vivre en ville et à la campagne. Le livre se déroulait entre le brûlant été 1976 et les derniers jours du XXe siècle. Alexandre, le fils, reprenait le domaine familial des Bertranges, dans le Lot, tandis que ses soeurs partaient à Rodez, Toulouse, Paris. Voilà, dans son nouveau livre, situé entre janvier et mars 2020, que la famille se rassemble, que les filles de la maison reviennent au bercail, que le « plouc » de la campagne qui avait participé aux luttes du Larzac, jadis, est devenu est un héros écolo. Où les soeurs sont déboussolées, où le beau-frère, Greg, « gilet jaune » exemplaire et « beauf' » parfait, restaurateur et cafetier, qui a quitté Paris en pestant contre l’humanité entière, le gouvernement irresponsable, les élites, ne croyant pas aux informations « officielles », ne se fiant qu’aux négationnistes de Twitter et à « Russia today », devient un personnage central du livre, une cible parfaite. Tandis que ses deux fils et ceux d’Agathe son épouse sont des figures singulières, l’un Kevin se balade en mobylette pour « dealer » du « shit », l’autre, Matheo, bosseur et surdoué, profite du confinement pour progresser encore dans ses connaissances.
La terre, elle, se révolte et se réchauffe. Les insectes, eux mêmes, sont déboussolés. Tandis que trois chiots recueillis ici avec amour risquent leur vie pour avoir avalé des chenilles et qu’Alexandre et ses parents font tout pour les sauver. En cas de pépin de santé, le vétérinaire est là pour remplacer le médecin dramatiquement absent. Manière de rappeler que cette France rurale qu’évoque Joncour, c’est bien la nôtre, celle d’avant le TGV, celle qui se cherche entre qualité des productions et rentabilité immédiate. Le confinement agit là comme un révélateur. La peur de l’autre – et du virus -, la volonté de s’aérer hors les villes polluées, les menaces extérieures ou proches rassemblent cette famille Fabrier, hier désunie, qui se retrouve, presque malgré elle, séparée mais ensemble, comme dit la chanson. Elle, son domaine des Bertranges, son territoire quercynois, cousine d’assez près, on l’avait rappelé en chroniquant « Nature humaine », avec celui de Claude Michelet et les gens de Saint-Libéral-sur-Diamond, dans la proche Corrèze, évoquée jadis dans » des Grives aux Loups » et « les Palombes ne passeront plus ». Reste que Joncour est un Michelet version 2.0, un écrivain de son temps, qui raconte son époque, ne cache pas ses craintes, sans jamais pleurer sur le passé. Autant dire que voilà un grand livre exemplaire qui nous parle magnifiquement de la France rurale d’aujourd’hui.
Chaleur humaine, de Serge Joncour (Albin Michel, 21,90 €, 352 pages)







