Lemaitre conteur (acte 4)
Voilà un auteur que nous suivons depuis ses débuts, dont on a apprécié tant la veine policière que feuilletonesque, pour lequel on ne pourra nous accuser de complaisance. On avait, bien sûr, aimé le démarrage (« le Grand Monde« ) de la série des « Années Glorieuses », qui faisait revivre les dernières années de l’Indochine de papa et le Beyrouth colonial, rechigné devant les lourdeurs, les grosses ficelles, longueurs et les redites du second volet (« le Silence et la Colère« ), franchement « marché » aux pirouettes derrière le rideau de fer du troisième titre (« Un avenir radieux« ). Voilà donc le quatrième et dernier tome de la sage de la famille Pelletier. Pierre Lemaitre a le don de poser ses personnages en début d’ouvrage sans qu’on ait besoin de se demander qui et qui. Avec ce maître conteur, tout est facile, bien campé, jusqu’à la caricature. Au centre du récit, Jean alias « Bouboule », serial killer discret, mais précis, ex fils maudit et mal aimé devenu homme d’affaires à succès et marié à l’épouvantable Geneviève, devient un héros national grâce à un incendie où il devient le sauveur d’un bébé perdu dans les flammes. François, son frère, reporter intrépide, qui fut espion malgré lui dans le 3e tome et devenu romancier, va peu à peu retrouver la trace de ses crimes. On oublie presque la belle Nine, son épouse, sourde, alcoolique, kleptomane, quasiment laissée pour compte dans ce dernier tome, et la soeur Hélène, journaliste devenue animatrice de radio, qui joua un rôle important jadis. Au centre du récit, les deux enfants de Jean, la douce Colette, victime secrète et devenue élève surdouée, tenant tête à sa mère, et son frère Philippe méprisé pour ses résultats scolaires et sa dyslexie, mais admiré pour ses traits de génie au billard. On n’oubliera pas Thérèse, la soeur de Geneviève, transformée en domestique par elle, mais jouant un rôle grandissant – et notamment sensuel – dans cette dernière partie. Ni Angèle, la mère de Jean, François et Hélène, qui veille avec soin sur ses petits enfants et les emmènera revisiter le Beyrouth de ses jours heureux. Ni le chat Joseph, cher à Colette, détesté par Geneviève, qui jouera un rôle fondamental au final. Mais on ne va pas tout vous raconter ! Pierre Lemaitre, cette fois, a su raccourcir son propos (l’ouvrage compte 80 pages de moins que le 2e tome), tissant sa toile avec malice, rendant, comme pour chacun de ses livres, hommage à ses maîtres. Il emprunta jadis beaucoup à Lartéguy et Jean Hougron (pour le premier volet), à Le Carré, pour l’avant dernier. Cette fois-ci, il remet le couvert avec Victor Hugo et Dumas, toujours prisés. La « tempête dans un crâne » qui conduira Jean Valjean à se révéler lors d’un procès des « Misérables » a laissé des traces. Mais Lemaitre a, comme toujours, soin de citer ses sources et rendre hommages à ses prédécesseurs – au passage, il n’oublie pas se citer lui-même (mégalomanie ou auto-ironie, quand tu nous tiens!). Bref, on aimera ce livre dont on connaît les limites. Mais qui précisément sait les dépasser y incrustant l’époque (les remembrements de l’agriculture et les difficultés du monde paysan, la construction du périphérique à Paris et ses méfaits) avec un vrai talent de … maître conteur.
Les Belles Promesses, de Pierre Lemaitre (Calmann-Lévy, 501 pages, 23,90 €).









