Frisange : les éblouissements de Louis Linster
La nouvelle star du Luxembourg, c’est lui : Louis Linster, le fils de Léa, seule femme lauréate du Bocuse d’Or, qui lui a confié la demeure familiale qu’elle tenait elle-même de son père Emile. Si la maison porte encore le nom de maman, elle a été revue entièrement sous sa houlette sobre et contemporaine avec une cuisine plein d’envolées et de belles idées personnelles glanées au long de ses voyages, avec un service au taquet sous la houlette de sa compagne Njomza Musl, native du Kosovo et qui reçoit en six langues. En tout cas, voilà une maison neuve qui assure son statut de vedette en n’ouvrant que le soir (et le dimanche midi) avec un menu unique à 240 €.
Toute l’Europe gourmande, à commencer par les voisins proches d’Allemagne ou de Belgique, vient découvrir le tout neuf deux étoiles du grand Duché. Cet autodidacte surdoué, entouré d’une équipe solide, proposant des mets d’une finesse sans faille, légers et scintillants qui ne rechignent pas devant le mélanges d’épices. L’éblouissement est assuré à travers une symphonie gourmande aux airs de grand voyage.
Les premières bouchées, comme le parmesan 36 mois avec noix de muscade, malt d’orge, foie gras et raifort, puis pomme Granny Smith et yaourt de brebis, thon Balfego au caviar Impérial Réserve, plus ponzu et daikon ou encore homard bleu, livèche, jalapeño, myoga, sans omettre l’huître Gillardeau n°3, avec shiso, concombre et wasabi, sont vif, toniques, picotant le palais, l’éveillant pour le prochain envol.
Ensuite le hamachi (ou sériole du Japon), avec radis, kujo et salicorne, l’omble chevalier au dashi, algues et brocoli, les saint-Jacques, avec topinambour, oignons et vin jaune, plus le Saint-Pierre à la bergamote, saké et couteaux sont des créations vives et légères, d’une fraîcheur sans faille. Le morceau de bravoure du moment et du repas ? La langoustine légèrement panée au riz soufflé, avec aji amarillo, argousier et courge. Magnifique et craquant !
Mais le pigeon royal, avec purple curry, cassis et choucroute, proposé d’abord entier en salle, puis découpé finement en cuisine, avec sa cuisse croustillante, sa poitrine juteuse et acidulée, fait également un bien beau moment. On jette un oeil intéressé à la vaste sélection de fromages du maître affineur Van Tricht d’Anvers. Et on taquine des desserts tout en fraîcheur digeste.
Ainsi le granité de fenouil au calamansi et orange sanguine et encore la glace banane, avec chocolat guanaja 70 %, cacahuète et passion et son soufflé fromage blanc. Et on n’oublie pas au passage, les mignardises (cannelé blanc de lait, chocolat blanc rocher, noisettes et noix de coco, pâte de fruits au sudachi et basilic, chocolat et caramel beurre salé au thym, mais surtout la miraculeuse tartelette mont-blanc au cassis) sont d’une séduction totale.
Et sur une carte des vins immense et prolixe dans les terroirs, on tire des merveilles au verre comme cet élégant riesling luxembourgeois Vieilles Vignes « domaine et traditions » signé Sunnen-Hoffmann en 2022 à Remerschen ou le très flatteur et très voluptueux Bonnes-Mares grand cru 2018 du domaine Bart à Marsannay. Vive Louis Linster, sa cuisine, sa maison, qui illustrent la belle progression du Grand Duché gourmand !















