La nuit sur commande de Christine Angot

Article du 20 mai 2025

Trop forte Angot ! On lui demande d’écrire un livre en passant la nuit dans un musée et d’apporter sa pierre à la collection dédiée à ce thème chez Stock. S’y essayèrent notamment avec succès Kamel Daoud (« le peintre dévorant la femme »), Leila Slimani (« le parfum des fleurs la nuit »), sans omettre Lola Lafon et son bouleversant hommage à Anne Franck, dans sa maison du Westermarkt d’Amsterdam (« Quand tu écouteras cette chanson »). Christine Angot, qui ne fait rien comme tout le monde, va tourner patiemment, longuement, autour de son sujet, se situant délibérément du côté d’un Ruben Östlund, le réalisateur sulfureux et multi-primé de « The Square » et de « Sans Filtre », mettant en cause l’art, la société-spectacle, le pouvoir, l’argent, faisant le récit drolatique d’un séjour à l’invitation de gens riches dans leur maison de la Côte, évoquant, bien sûr, son enfance à Châteauroux, son expérience chaotique de chroniqueuse télé, non sans se livrer à une sorte d’introspection à haute voix sur elle-même, son oeuvre, l’inceste qu’elle a subi de son père, le combat pour se restaurer, les rapports souvent difficiles avec sa fille Eléonore, diplômée des Beaux Arts, qui sera son accompagnatrice dans sa « nuit » choisie. Son musée ? La bourse du commerce investie par la Fondation Pinault. Argent, pouvoir, commerce : tout est là ou presque. Christine Angot, qui sait toujours avoir le dernier mot en toute chose, nous prépare longtemps à cette visite qui sera brève. Elle feuillette le livre d’or, s’attarde, regarde ses oeuvres de loin, laisse le soin à Eléonore de les commenter ou de les analyser. Quoiqu’à peine. Le récit s’interrompt presque brutalement par ces mots : « Je n’ai plus rien à dire. Mais comme je suis bien devant ma machine. » Le lecteur, lui, est désarçonné. Mais il a passé une nuit, et même plus avec Christine Angot, et il ne s’est pas ennuyé .

La Nuit sur commande, de Christine Angot (Stock, 166 pages, 19 €).

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Publié le  20 mai 2025 par

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