Je me retournerai souvent de Jean-Paul Enthoven
Dans ce délicieux livre d’heures dont le titre est emprunté à un poème d’Alcools d’Apollinaire (« Passons, puisque tout passe / Je me retournerai souvent/Les souvenirs sont cors de chasse/Dont meurt le bruit parmi le vent »), Jean-Paul Enthoven nous parle de Cioran, de Borgès, de Char, de Sollers, de Drieu, d’Aragon (s’interrogeant et l’interrogeant sur son amour pour Elsa), de Louise de Vilmorin, de Roland Barthes, de Milan Kundera, d’Emmanuel Berl (rebaptisé « le rabbin Voltaire », ex « speech writer » de Pétain), Florence Malraux, l’énigmatique Michel Schneider, Proust, bien sûr, auquel il consacra un « Dictionnaire Amoureux », co-écrit avec son fils Raphaël, de lui-même, de sa bien aimée princesse toscane, de son « frère choisi » (« Bernard-Henri Les Vies« ), de Morand ou de Gary. Ce sont des miscellanées, non un exercice d’admiration (Char, qui fut son voisin sentencieux, et Morand, tancé pour son abject « Journal Inutile » en prennent pour leur grade). On dira que JPE a l’admiration critique. Il relate des conversations élégantes, nous prend à témoin avec chaleur et précision, emprunte le ton de la confidence, nous confie ses diverses versions de la « visite au grand écrivain », drôlatique avec Cocteau à Marnes-la-Coquette, minérale avec Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil. Et, in fine, avant de regagner sa Toscane chérie, évoque la cérémonie de son incinération. Manière de manier avec tact l’ironie d’un agnostique réfléchi dans un livre testament. Qu’on aura plaisir à relire et à feuilleter comme un bréviaire complice.
Je me retournerai souvent de Jean-Paul Enthoven (Grasset, 268 pages, 22 €).








