Le Train Bleu Monaco
« Monaco : un train bleu nommé désir »
Direction la Principauté et embarquement immédiat au Train Bleu monégasque pour notre correspondant azuréen Jean-François Gourdon. Suivons-le !
Dans le légendaire Casino de Monte-Carlo, bien plus confidentiel que son alter-ego parisien, ce Train Bleu monégasque vaut le détour – que vous soyez joueur ou non, ne serait-ce que son superbe décor Belle Époque. Ici pas de chef de gare mais un contrôle important pour pénétrer dans le « saint des saints ». Interdit aux mineurs, réservation en main, pièce d’identité nécessaire : on montre patte blanche pour accéder à ce joyau inconnu des touristes (préférant effectuer un « selfie » à la terrasse du Café de Paris) mais aussi ignoré des Monégasques frustrés peut-être par leur interdiction de jouer au casino depuis 1863. En effet, le Prince Charles III qui venait d’inaugurer le Casino de Monte-Carlo dans le but de redresser les finances de la Principauté, décida alors d’interdire l’accès à ses sujets pour éviter qu’ils dilapident leurs ressources dans les jeux d’argent. Une mesure toujours en vigueur.
Le Train Bleu, c’est toute une page de l’histoire de la Riviera. Au début du siècle dernier, rejoindre la Côte et Monaco depuis Paris se faisait via la Compagnie PLM (Paris Lyon Méditerranée), en voiture-lits à bord d’élégants wagons bleu nuit ornés d’un filet doré. En 1963, à Paris, le somptueux buffet de la Gare de Lyon, aujourd’hui sous la houlette gourmande de Michel Rostang, prend le nom de « Train Bleu ». Les convives souvent internationaux se muent en gastronomes venus découvrir les fastes de la Belle Époque. Mille kilomètres plus au Sud, un autre Train Bleu complète l’itinéraire. Au sein du Casino, surgit ici une véritable réplique d’un wagon restaurant de l’Orient Express entre boiseries sculptées, cuivres, cuirs capitonnés, lustres et panneaux ornementaux signés Lalique.
Alors que les fenêtres laissent entrevoir l’agitation de la place du Casino, une douce atmosphère règne parmi une équipe en livrée impeccable et aguerrie aux humeurs parfois incontrôlées de joueurs ayant perdus des sommes que la décence ne permet pas de révéler ici. Imperméable aux bolides garés devant le Casino, le maître des fourneaux, Richard Rubbini, enfant du pays, formé au Lycée technique de Monaco et à l’école Ducasse, celle du Louis XV, en Suisse, puis à la SBM, maintient sa locomotive sur les bons rails, se concentrant sur la fraîcheur et la qualité des produits et livrant une partition à la fois classique et teintée de notes italiennes.
Façon croisière d’autrefois, le client, souvent transalpin, est roi et peu demander à peu près tout ce qui lui chante. L’équipe s’adapte alors comme nous le confie Natascia Giancaterino, maître d’hôtel depuis 11 ans qui veille sur ses convives avec la plus grande diligence et nous conseille avec justesse au passage. Ainsi pour débuter, la sériole et araignée de mer marinées aux zestes d’agrumes et marjolaine mais aussi l’emblématique et copieux fritto misto à partager avec ses fritures de petits rougets de roche, vives, soles, calamars, et gambas.
Suivront les incontournables langoustines avec une version crue autour d’une salade de fenouil avec huile d’olive aromatisée à la bergamote, chair de citron et basilic mais aussi une version grillée, dans la belle tradition italienne avec une sauce Bayaldi, servie avec salade d’artichaut et roquette. Puis, on fond pour ces exquis linguines tomates cerises jaunes, tartare de Gamberoni Rossi, (ces fameuses crevettes rouges de Sicile) burrata et stacciatella à la pistache avant la sole meunière flanquée de sa farandole de légumes de saison.
Côté vins, la France fait mouche avec ce désaltérant pouilly fumé signé Jonathan Didier Pabiot, quintessence des grands sauvignons de Loire, secs et fruités. Notons également qu’en 2023, ce Train Bleu s’est vu décerner le prix de Best Casino Restaurant, récompense honorifique, certes, mais quelque peu réductrice… On le placerait sans hésiter dans le classement des « Best Monaco Restaurants »! En issue, le gratin de framboises, amaretti, crème chiboust au citron et beurre Suzette et le baba flambé au rhum garni d’une crème légère à la vanille Bourbon – non sans-rappeler celui de la Gare de Lyon – enchantent. Un beau voyage gourmand !















