L’enlèvement de Grégoire Kauffmann

Article du 12 octobre 2023

De mai 1985 à mai 1988, Jean-Paul Kauffmann est emprisonné au Liban dans les geôles du Hezbollah. Quatre décennies plus tard, son fils ainé Grégoire, écrivain, historien, prof’ à sciences po, raconte l’enlèvement, la séquestration et surtout les efforts pour le libérer. Ce récit vif, dense, nourri d’une masse importante de notes précises, toutes répertoriées en fin de volume, se lit comme un polar, avec un mélange d’humour et de peur, de dérision et de tendresse. Joëlle Brunerie, gynécologue de profession, épouse de Jean-Paul, mère de Grégoire, passe pour une emmerdeuse magnifique avec son insistance répétée auprès des grands de ce monde, ministres, dirigeants politiques, français, libanais, syriens, sa faculté d’inventer des anecdotes assimilées à de pieux mensonges (comme un faux voyage amoureux à Damas), histoire d’amadouer ses interlocuteurs. Michel Cantal-Dupart, associé à Joëlle Kauffmann, dans cette quête, est portraitisé sans complaisance en « monsieur je sais tout », toujours « sûr d’avoir raison ». Grégoire, qui marie l’ironie et l’autodérison comme un bel art, retrace aussi ses années adolescentes, sans complaisance vis-à-vis de lui-même et de son frère cadet Alexandre, tous deux campés en enfants terribles, doués, certes, collégiens privilégiés à Henri IV, mais turbulents à l’envi, au bord de l’exclusion, sauvés in extremis de redoublement. C’est à la fois, drôle, émouvant, instructif, rédigé avec un réel brio et une constante alacrité et cela prend, dans le contexte actuel des massacres et des enlèvements du Hamas, une résonance particulièrement dramatique.

L’enlèvement de Grégoire Kauffmann (Flammarion, 386 pages, 22,90 €).

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Publié le  12 octobre 2023 par

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