L’Annonce de Pierre Assouline

Article du 17 février 2025

6 octobre 1973/7 octobre 2023 : cinquante ans séparent ces deux dates. Autant dire une vie. Mais Raphaël, le héros du livre de Pierre Assouline semble avoir mis sa vie entre parenthèses entre le moment où jeune étudiant, volontaire pour aider Israël durant la guerre de Kippour et obsédé par l’idée d’y approcher son idole Léonard Cohen, qui se produit pour les soldats de Tsahal, il rencontre Esther, et celui où il la retrouve, revenant dans cette terre promise si convoitée. Tous deux, certes, auront changé, le monde avec eux, et sans doute la perception que le monde a du judaïsme. A la fois roman d’apprentissage, émouvant, romantique, et réflexion sur l’antisémitisme, ce livre hybride, touffu, sensible, fait des clins d’oeil, notamment par son titre et son exergue qui lui est emprunté, à David Grossmann, l’auteur d’Une Femme fuyant l’annonce. Le travail d’Esther à l’armée, son rôle, sa fonction, est précisément d’annoncer aux familles la mort de leurs proches. Tâche difficile, éprouvante, qui demande à la fois de la finesse et de l’empathie. Mais aussi de bons nerfs et une solide résistance psychologique. L’Esther de 1973, comme celle de 2023, qui sont, bien évidemment, une seule et même héroïne, fait le prix de ce beau livre qui est une aussi une réflexion sur les morts et la place qu’ils occupent dans le coeur des vivants. Pierre Assouline, qui déborde de culture et cite beaucoup tout au long de son récit, de bons auteurs, y mêlant aussi des blagues d’humour noir et d’humour juif, comme il le fit jadis dans l’excellent et très ironique Retour à Séfarad, a réussi un tour de force : brasser le demi-siècle à travers un visage de femme que nous n’oublierons pas.

L’Annonce de Pierre Assouline (Gallimard, 321 pages, 22 €).

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Publié le  17 février 2025 par
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