Désérablle, voyageur intrépide
François-Henri Désérable ? On pense inévitablement à un pseudo. Ce jeune et facétieux écrivain qu’on suit depuis l’origine, qui nous balada jadis en Lituanie avec « Un certain Monsieur Pikielny » et en Iran avec « l »Usure d’un monde », nous surprend toujours. Il poursuit sa route, si l’on peut dire, en Amérique Latine, de Buenos Aires à Caracas, suivant le chemin qu’empruntèrent naguère à moto « les deux G », Ernesto Guevara qui n’était pas encore le « Che » et son ami Alberto Granada. François-Henri D. part à deux, mais lorsque son compagnon le lâche bien vite pour aller passer des examens universitaires à Paris, il ne se plaint guère de sa solitude, se fait tout plein d’amis en route, échappe à quelques agressions (même si un chien vindicatif parvient à planter ses crocs dans sa jambe), décrit, de Valparaiso à Lima, de la Paz à Bogota, sans oublier Cucuta et l’effarante Caracas (ville record du nombre de meurtres et de malfaisances en tout genre) un périple semé d’avatars en tout genre et d’humour. Car la force de notre écrivain désirable est de toujours contourner les situations les plus scabreuses par le biais de l’ironie, du haussement de sourcils et de l’élégance. A chaque instant, à chaque étape de ses péripéties on se demande si notre héros va s’en s’en sortir. Mais, comme pour une bonne série dont le personnage principal est. le fil conducteur, on devine que l’issue sera heureuse. Reste qu’auparavant, son chemin chaotique est semé de mille embûches. Le titre du livre, qui évoque tristesse et nostalgie, est emprunté à un poème de Nazim Hikmet, ami (turc) du chilien Pablo Neruda et cité là p. 67. Reste qu’il est souvent ici à contre-emploi. A travers les forêts d’Amazonie, entre mer et montagnes (l’ascension du Machu Picchu nous vaut quelques belles pages), sans omettre l’évocation au passage de la conquête ibère de Pizarro se livrant à des exactions contre les incas qui valent bien celles des nazis en Lituanie, narrées jadis par lui avec force et efficacité, ce récit haut en couleurs rougeoyantes relève d’avantage de l’énergie et de l’enthousiasme. Il se lit, en tout cas, avec une aisance toute complice. In fine, comme Jacques Lacarrière au terme de « Chemin Faisant », Désérable, le voyageur intrépide, évoque déjà son prochain départ : » Il allait falloir donner leur poids de papier aux images, aux sensations qui m’avaient traversé – et bientôt repartir« . Hasta siempre, camarade !
Chagrin d’un chant inachevé,, sur la route de Che Guevara, de François-Henri Désérable (Gallimard, 197 pages, 20 €).








