La « disco queen » bretonne de Stéphanie Janicot
Stéphanie Janicot? Une surdouée qui sait tout faire, réécrire la bible et l’histoire, laisser explorer ses racines juives par un fils d’ancien nazi (c’était le thème des « Matriochkas », son premier livre), imaginer un thriller de son temps avec le meurtre d’une star du show business en direct (« Fallen Angel »), parler avec abondance de cet « effrayant besoin de famille », dialoguer avec les uns et les autres, raconter, expliquer, faire de la pédagogie active et de la psychologie humoristique (« Non, ma mère n’est pas un problème »). Cette fois-ci, elle revient à ses sources bretonnes, s’interrogeant sur la vieillesse et l’éternelle jeunesse (comme, d’ailleurs, dans son dernier livre, « L’île du docteur Faust »), démêlant l’écheveau de ses liens familiaux, imaginant un dancing disco dans un bourg voisin de la forêt de Brocéliande. Son héroïne, Soizic, prof’ d’histoire géo en retraite, guérit lentement d’une leucémie, aidée de ses deux filles, complète sa thérapie en rédigeant le roman de sa vie dont elle livre aux siens les pages qui se détachent d’elle peu à peu, cherche un second souffle, revient sur une adolescence ratée. Le roman rédigé par l’héroïne (présenté en caractères différents) et celui que lecteur a sous les yeux s’entremêlent jusqu’à n’en faire qu’un. On évoque la mémoire des Diwan, les parents de Soizic en vacances en camping, ce père, directeur d’école, qui se laisse séduire par une élève trop charmeuse, une baronne un brin rebelle et sa fille transgenre, les deux filles de Soizic si différentes … Et puis ce rêve d’un futur club disco imaginé dans un hangar du village, inauguré avec la présence de John Travolta en juge d’un concours improbable de danse enfiévrée. Cela marchera-t-il? Tout est possible dans un roman : ce que nous indique ici Stéphanie Janicot, non sans brio, mêlant, avec un formidable entrain, humour et fantaisie, lucidité et nostalgie rieuse. Chaque chapitre rythmé porte en titre une chanson célèbre et le rythme est endiablé. Difficile de ne pas la suivre…
Disco Queen, de Stéphane Janicot (Albin Michel, 234 pages, 19,90 €).







