Le roman de l’amitié par Alice Ferney
Elle est une styliste célèbre, dessine des sacs à succès, a une vie de famille bien remplie dans sa grande maison de banlieue. Lui est un asocial, singulier, solitaire, qui refuse tout engagement et s’en remet au hasard, ne quittant guère sa chambre de la rue Bonaparte sinon pour quelques cocktails et croiser des gens en vue, rédigeant des textes sibyllins pour une revue improbable. Entre eux, au gré de 40 chapitres bien sentis et joliment sonnés, ce sera une étrange histoire d’amitié. Il fallu que Cyril interviewe Marianne avec soin et la photographie avec minutie pour que celle-ci se laisse séduire par cet étrange personnage qui a a écrit un vif essai sur Drieu, travaille la nuit, dort le jour, gagne peu et s’en contente. Tous deux vont peu à peu lier un fort lien de bonne entente, sans sexe, mais qu’entretiennent de vives discussions sur la littérature (ils citent fort à propos Chardonne, l’auteur des « Destinées Sentimentales » et de « l’Epithalame »sur le mariage), l’art ou l’air du temps. Et si des changements interviennent dans leur vie, le mari de la première menant sa vie de son côté, ce dernier tombant passionnément amoureux de l’exquise Julia, ils s’efforcent toujours sinon d’être de bon conseil l’un pour l’autre du moins d’être à l’écoute. L’habileté d’Alice Ferney, à qui on doit, entre autres, « la Conversation amoureuse », parue il y a 25 ans, est de jouer ici de tous les ressorts possibles de la conversation amicale et sensible, avec les ressorts d’une intrigue prenant ses racines dans le quotidien sans jamais lasser le lecteur. Prouesse tenue de bout en bout avec une fin qui laisse pantois, vaincu, désarmé. Une réussite.
Comme en amour, d’Alice Ferney (Actes Sud, 304 pages, 22 €).








