Jerusalem : un cédrat et plus chez Etrog
Il fut durant des années l’une des silhouettes les plus attachantes et les plus pittoresques du marché de Jérusalem. Sa disparition, il y a quatre ans, a laissé un vide dans les allées bruissantes de Mahane Yehuda Market, où son sourire solaire et ses cédrats éclatants faisaient partie du décor comme les cris des marchands et les parfums d’épices. On l’appelait simplement Etrog Man. Son vrai nom, Uzi Eli, mais pour tous il demeurait cet homme au visage rayonnant, prophète gourmand des vertus du cédrat. Une figure unique, mi-apothicaire, mi-conteur, mi-guérisseur, qui recevait chalands, curieux et fidèles dans sa boutique comme d’autres accueillent dans un salon.
Il jurait que la jeunesse se conservait à coups de crème de citron ou de cédrat– etrog, en hébreu. Magicien aux mains pleines de zestes, bienfaiteur généreux, animateur infatigable, écologiste instinctif avant l’heure, il vantait avec une foi contagieuse les pouvoirs bienfaisants des fruits : le cédrat bien sûr, mais aussi la figue, la grenade – dont il célébrait les vertus protectrices –, la mandarine ou l’orange. Chez lui, on ne faisait pas qu’acheter une lotion ou un spray miracle. On s’arrêtait, on discutait, on goûtait un fruit, on écoutait ses conseils, ses recettes, ses certitudes joyeuses. Puis l’on repartait avec l’une de ses potions maison, convaincu d’avoir reçu une parcelle de jouvence.
L’homme n’est plus là, mais sa boutique demeure, gardienne fidèle de son esprit et de ses recettes. Elle perpétue sa mémoire avec ses préparations naturelles et ce parfum entêtant d’agrumes qui flotte encore dans l’air. Comme un hommage discret à celui qui fit du cédrat bien davantage qu’un fruit : une philosophie de vie. Passer aujourd’hui devant son échoppe, c’est retrouver un peu de cette lumière. Et se souvenir qu’à Jérusalem, certains marchands deviennent des légendes. Uzi Eli était de ceux-là.
Etrog
Mahane Yehuda Market, Agripas St
Israël











