Paris 11e : retour chez Rosie
À deux pas de la Place de la Bastille, dans l’ancien quartier des artisans du bois et du meuble, la Brasserie Rosie joue la partition d’une brasserie neuve… avec une âme d’antan. On vous en a parlé (en bien) à ses débuts. Et la maison qui se développe ailleurs – on vous parlera très vite de la neuve Rosie Jolie de l’avenue Raymond Poincaré, qui émoustille le 16e à coup d’aïoli et sardines farcies aux blettes – , n’oublie pas de peaufiner sa première enseigne. Le décor, signé John Whelan (déjà vu chez Le Flo Reims ou Julien), coche toutes les cases du genre : comptoir rutilant, carreaux noirs et blancs, long bar-desserte, banquettes accueillantes et clins d’œil malicieux aux murs — mention spéciale au “merguez au mètre” qui donne le ton drôlatique au lieu.
Aux commandes, deux jeunes entrepreneurs, Juliette Cerdan et Kevin Caradeuc, passés par l’école Big Mamma Group. Leur ambition ? Réinterpréter à la française le modèle populaire (au bon sens du terme) imaginé par Tigrane Seydoux et Victor Lugger : des produits bien sourcés, du fait maison, une équipe jeune et motivée, et surtout une convivialité sans chichi. Le résultat ? Une brasserie vivante, où l’on vient aussi bien entre amis qu’en famille, portée par un service alerte et souriant, des assiettes rassurantes et des prix qui restent sages pour le quartier.
Dans l’assiette, Rosie déroule un répertoire classique, exécuté avec sérieux et générosité, dont témoignent les œufs mayo à la moutarde de Dijon bien troussés, la soupe froide de petits pois toute en fraîcheur, avec menthe, crème fraîche d’Isigny et une cuillère de mascarpone aux herbes ou encore l’artichaut dit « artishow” avec son coeur au comté fondu bardé de lard fermier librement inspiré d’une vieille recette du savoyard Guy Martin au Grand Véfour.
On n’oublie pas au passage les asperges blanches sauce hollandaise et leur émietté d’oeuf mimosa. Puis arrivent les plats de tradition : carpaccio de bœuf bien condimenté, poulet façon parmigiana (avec tomate et mozzarella) crousti-fondant, lieu jaune escorté de légumes de saison, pièce du boucher et frites croquantes, magret de canard à la purée de carottes relevée au gingembre, coquillettes jambon aux truffes version « cheesy », un peu « gloubli/glouba » à l’oeil mais précis au goût ou encore la belle saucisse-purée “à la manière de Jeantou”.
Les douceurs forment un bien joli chapitre et même une belle surprise avec le Paris-Brest qui tient son rang, le superbe « cheesecake basque » (avec sa pâte craquante aux amandes et fleur de sel, son condiment aux fruits de saison) qui joue la carte de l’onctuosité, tandis que la jolie tarte fraises-rhubarbe apporte la note acidulée finale.
La carte des vins est malicieuse et on ne boude pas son plaisir avec le champagne Philipponnat dit « réserve éternelle », tarifée sous la barre des 90 €, pour démarrer sur des bulles élégantes, puis un chinon “la cuisine de ma mère” du domaine Nicolas Grobois, franc et gourmand, sans afféterie, parfait compagnon des viandes.
Bref, Rosie, qui a fait des petits depuis notre premier passage, réussit là où d’autres échouent : recréer une vraie brasserie de quartier, vivante, accessible et sincère, sans tomber dans la caricature. Une adresse qui a déjà tout d’un classique et qui vise juste, avec ses tables rondes, pour une soirée entre amis ou en famille.
Brasserie Rosie
Paris 11e
Tél. 07 49 19 19 62
Carte : 45-60 €
Horaires : 12h-14h30, 19h30-22h30
Fermeture hebdo. : Ouvert tous les jours
Métro(s) proche(s) : Bastille
















