David Foenkinos est drôle
Ce qu’on disait de lui pour « Tout le monde est Clara » est plus que jamais valable aujourd’hui avec le nouvel opus de David Foenkinos. On me pardonnera de me citer, mais tout y était dit ou presque. »Tendre et tordu, faussement naïf, vraiment malicieux, roi des notes inutiles en bas de page, mêlant sujets profonds (le questionnement de l’auteur et du sens de la littérature dans « le Mystère Henri Pick », l’horreur de la Shoah avec « Charlotte ») et d’autres plus légers (l’amour toujours et la beauté légère du « Potentiel érotique de ma femme » à « la Délicatesse », sans omettre « Vers la Beauté » et « la Vie Heureuse »), David Foenkinos est un charmeur que l’on suit depuis des lustres. De ses défauts apparents – cette manière agaçante de fournir l’explication de ses textes en cours de récit, d’accumuler les notes ad libitum, déjà citée, – il tire ses qualités profondes. Ce faux naïf, qui est un vrai roué, se révèle surtout de livre en livre (oublions le faux pas de « la Famille Martin ») en maître conteur sachant jouer de l’imprévu et de la surprise avec maestria. Prenez son petit dernier qui est, de ce point de vue, une fringante réussite. »
Son nouveau héros se nomme Gustave Bonsoir. Il n’a pas connu son père biologique, a perdu sa mère très jeune, a été élevé par des parents adoptifs aimant qui lui ont laissé son singulier patronyme d’origine. Il est beau, drôle, ou du moins se croit tel, tombe amoureux de Margot, camarade d’école, belle et aimante, qui fera des études de droit. Lui, Gustave, s’essaye laborieusement au stand up et, pour survivre, est serveur dans un restaurant, devient peu à peu dépressif, évoque le héros de « Je vais mieux » qui pourrait être son cousin diaphane. Boosté par une agent d’artiste qui croit, presque miraculeusement, en lui, il va faire carrière dans le cinéma avec Paolo Sorrentino. Mais on vous en a déjà trop dit. Les bas, les hauts, la chute, la remontée de son héros, de sa carrière, de ses amours, David Foenkinos les conte avec précision et passion. Ses fidèles ne seront pas déçus. Gustave Bonsoir est un héros foenkinosien parfait dans son registre naïf ou faussement. Cette fois-ci, David, qui nous a peut-être écouté, a nettement diminué ses notes en bas de page, usant du procédé de la redite et du clin d’oeil au lecteur avec parcimonie. Et on suit l’itinéraire de son Gustave B. avec un plaisir constant. Sobre, sans effets de manches, mais toujours précis et trouvant le ton juste, David F. nous mène jusqu’au bout – et par le bout du nez – jusqu’au terme de son histoire, tantôt triste voire lugubre, tantôt drôle et, évidemment, c’est sa marque, très « feel good ». Bref, le cru 2026 du château Foenkinos est une bien jolie réussite, pleine de surprises réjouissantes.
Je suis drôle, de David Foenkinos (Gallimard, 184 pages , 20 €).









