Au Petit Bouchon « chez Georges »
« Lyon : « le petit bouchon chez Georges » selon Nicolas »
À Lyon, il est des adresses où l’on ne vient pas seulement dîner, mais vivre. « Le Petit Bouchon chez Georges », où l’on connut successivement France Deschamps puis Marc Gorgette, est de celles-là. On pousse la porte, et déjà tout est dit : le lieu est minuscule, les tables serrées, les voix se mêlent, les verres s’entrechoquent. Cela vibre au bar. Ici, on ne chuchote pas, on trinque. On ne déguste pas du bout des lèvres, on se régale franchement. C’est Lyon, le vrai, celui qui rit fort et mange généreux.
On s’installe, un peu à l’étroit — mais c’est le jeu — et très vite, la magie opère. Les harengs pommes à l’huile ouvrent le bal, francs du collier, iodés juste comme il faut. Puis vient l’œuf cocotte au saint-marcellin, coulant, réconfortant, presque canaille dans sa gourmandise. Le gratin d’andouillette à la moutarde arrive fumant, puissant, sans détour.
C’est rustique, c’est fier, c’est bon. Et pour ceux qui veulent tutoyer la tradition lyonnaise, la quenelle de brochet, nappée de sa sauce homardine, déroule ses saveurs avec une élégance presque bourgeoise, escortée d’un riz pilaf bien sage. On boit comme on mange : avec cœur. Le gentil pot de coteaux du lyonnais fait chanter la table, pendant que le génépi vient ponctuer la soirée d’une note alpine et joyeuse. Mais on n’oublie pas les douceurs qui s’affichent sur l’ardoise et crayonnées au mur.
On oublie au passage que la tarte aux pralines (trop de pâte pas assez de pralines) est carrément ratée (trop sèche). La coupe vigneronne, entre glace vanille, cassis et marc de Bourgogne, joue, elle, avec réussite et gourmandise, la carte du terroir jusque dans le dessert. Et le fondant au chocolat d’allure ménagère, escorté de sa crème fouettée, comme la régressive crème caramel, mettent tout le monde d’accord, dans un silence soudain… vite brisé par un éclat de rire.
Car ici, on rit. Beaucoup. Et on échange avec le voisin et la voisine. On mange, on boit, on s’amuse. On est serré, oui — mais surtout rapproché. Et c’est peut-être ça, le secret. « Le Petit Bouchon chez Georges », revu par Nicolas Framinet : une table où l’on vient pour l’assiette, mais d’où l’on repart avec bien plus — un moment, une ambiance, un souvenir. Une certaine idée du bonheur, à la lyonnaise.














