Naissance d’un chef-d’œuvre du cinéma de Tom Hanks
Avec ce premier roman riche, long, cinglant, Tom Hanks (« Forrest Gump », « Seul au monde », « Il faut sauver le soldat Ryan », « Sully ») s’avance en territoire familier : celui des coulisses du cinéma hollywoodien, des récits collectifs, de la mémoire fabriquée. Il signe un roman d’auteur tout en déployant une vaste fresque où le cinéma se raconte en train de se faire, avec ses hésitations, ses ratés, ses enthousiasmes, ses acteurs surtout, mineurs autant que stars. Le projet est ambitieux : suivre la genèse d’un film devenu culte à travers une constellation de voix, de documents, de fragments de vies. Le roman épouse ainsi la logique même du cinéma — montage, ellipses, changements de focales — au risque parfois de la dispersion. Tout n’est pas d’égale intensité, mais l’ensemble progresse avec une assurance tranquille, porté par un sens aigu du rythme narratif et une profonde sympathie pour ses personnages (on adore Alicia devenue « Al » qui de manager d’hôtel sachant se rendre indispensable deviendra une productrice pleine d’empathie). Cela débute dans la petite ville de Lone Butte (Californie) et cela s’y termine où presque. Un gosse de l’après-guerre lit des comics, imagine un oncle soldat perdu qui deviendra un héros « lance flamme ». Un réalisateur à la Spielberg, le doué Bill Johnson, en tire un duel légendaire entre héroïne conquérante et un baroudeur meurtri.
Ce qui frappe ici, c’est l’attention portée aux métiers de l’ombre. Hanks s’attarde sur les techniciens, les assistants, les créateurs anonymes, tous ceux sans lesquels aucune œuvre ne voit le jour. Le cinéma apparaît moins comme un lieu de gloire que comme un chantier humain, bruyant, collectif, traversé par des egos (l’acteur qui veut défier le réalisateur et se prend pour Brando vaut son pesant de fiel), mais tenu par une forme de foi commune dans la fiction. L’écriture, claire et sans afféterie, privilégie l’efficacité à l’éclat. Elle ne cherche pas l’effet de style, mais la lisibilité, la transmission, la circulation fluide du récit. S’immisce, derrière chaque page, le plaisir de raconter et celui, plus discret, de rendre hommage à un art populaire dans ce qu’il a de plus concret. Ce roman qui réinvente quelque part la littérature contemporaine, propose un récit ample, généreux, formidablement documenté, qui se lit avec une curiosité constante et une certaine émotion rétrospective. Voilà un livre sur la fabrication des mythes, écrit par quelqu’un qui sait combien ils reposent sur des mains multiples et des rêves partagés.
Naissance d’un chef-d’œuvre du cinéma, de Tom Hanks (Éditions du Seuil, 482 pages, 24 €)








