Morvan de Bénédicte Belpois

Article du 5 février 2026

On la suit fidèlement depuis Suiza. On n’a pas oublié Saint-Jacques, ni Gonzalo et les autres. Bénédicte Belpois, qui est sage-femme à Besançon, donne toujours naissance – la métaphore est facile – à des romans sensibles dont les héros sont des êtres fragiles, voire de grands blessés de la vie. Son quatrième opus ne déroge pas à la règle. On suit l’étrange destin de « Pinson » dit « Morvan », ouvrier agricole en Ardèche, élevé par un père alcoolique, qui décide de prendre son destin en main. Il fera la connaissance de Monica et Giovanni dans une pizzeria de Sallanches, va travailler avec eux, puis les suivra à Turin, avant de devenir jardinier dans une curieuse maison de retraite de Lausanne. Il y fait la connaissance d’une étrange Duquesita qui lui ouvre les pans d’une Espagne rêvée – tous les livres de Bénédicte Belpois se faufilent du côté de la péninsule ibérique -, avant d’accorder son surnom avec le massif qui s’y réfère, près du mythique Mont Beuvray. « Du Morvan ne viennent ni bon vent, ni bonnes gens« , affirme un proverbe bourguignon… que Bénédicte Belpois ne cite pas. Et pour cause : c’est dans cette tâche granitique, insolite dans un pays calcaire, que les personnages de son roman trouveront leur salut. Y retapant un hôtel, y gagnant l’oubli, arpentant amours et vie neuve. Mais le chemin de leur rédemption sera semé d’épines et il faudra un brin d’amnésie pour que Monica tende la main et un peu plus vers Morvan. On ne peut, bien sûr, tout raconter, même si on a déjà beaucoup dit. Qu’on sache, en tout cas, que Bénédicte Belpois s’y prend à merveille pour compter les péripéties de ses « Branquigols » tendres et amoureux. Cabossés, blessés, meurtris, fragiles, on l’a dit, mais formidablement vivants et ultra-sensibles, ils deviennent vite de fortes silhouettes auxquels le lecteur s’attache. La roman joue ici, de la densité des paysages, de leurs couleurs,  comme de leur grisaille. « L’Ardèche des pauvres » en liminaire,  Turin et ses noires colonnades, ses sombres lisières, Lausanne et la lumière du Léman, enfin le Morvan secret, ses verts halliers et ses villages perdus : voilà qui forme plus qu’un décor, un itinéraire de vie, comme une carte du Tendre pour une épopée modeste, sans tambours, ni trompettes, mais qui laisse en nous des traces vigoureuses et fortes.

Morvan, de Bénédicte Belpois (Gallimard, 208 pages, 20 €).

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Publié le  5 février 2026 par
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