Paris 8e : le Clarence selon Andrea Capasso
Il a pris en main les cuisines deux étoiles de l’avenue Franklin Roosevelt. Andrea Capasso, qui fut six ans durant dans l’ombre de de Christophe Pelé, a pris la première place sur la scène et s’impose désormais comme le nouvel homme fort du Clarence. A 30 ans, il relève ainsi le pari audacieux de succéder à son mentor dans le somptueux hôtel particulier du Prince Robert de Luxembourg griffé Clarence Dillon. Tombé dans la marmite et débutant la cuisine dès l’âge 14 ans, cet romain trentenaire sorti lauréat de l’ALMA, la grande école italienne de cuisine près de Parme, a fait ses armes chez l’étoilé Lido 84 sur les rives du Lac de Garde avant d’arriver à Paris au Pavillon Ledoyen sous la bannière Alléno puis de gravir tous les échelons ici-même pendant six ans sous la houlette de Christophe Pelé.
Autant dire que ce petit prodige épris de la cuisine française connait la musique de la demeure doublement étoilée sur le bout des doigts. Difficile de ne pas évoquer en parallèle le destin de Giuliano Sperandio, son compatriote transalpin qui a suivi un parcours similaire et fait merveille chez Taillevent. Le style Andrea Capasso au Clarence ? Classique chic avec des mets en trilogie autour de la saint-jacques (notamment une fringante version à la puntarelle et aux truffes noires), au homard (une tête de homard gratinée à se mordiller la langue) ou encore une ré-interprétation du lièvre à la royale en Rossini qui le pose ici comme l’homme de la relève et de la continuité.
La dynamique italienne en symbiose avec la symphonie de la grande cuisine française contribuent au prestige de cette table hors norme qui s’affirme toujours, avec son service au petit point sous la conduite experte du maestro Charles Weyland, qu’on connut chez Kei, comme l’une des plus distinguées de Paris. Au programme : du bon, du grand, du sérieux, du classique, de l’audacieux, avec parfois des prises de risque qui retombent (presque) toujours justes. Des mets en trilogie avec des produits haut de gamme en déclinaison savante. On démarre avec amuse-gueule apparemment simples, quoique pas tant que ça, comme les gougères traditionnelles revues avec légèreté, les crevettes frites et les praires crues, avec la truite de Banka à cru aux oeufs de truite avec le gwell (le petit lait breton).
On aborde ensuite le registre des viandes. Par exemple avec l’agneau de lait service en filet juteux, flanqué de son millefeuille de céleri aux algues, sa brochette d’abats et sa malicieuse côtelette frit comme une friandise avec sa sauce XO et son guacamole. Ou encore l’exercice du lièvre à la royale, en trois temps : le filet de lièvre façon Rossini avec son foie gras chaud escalopé, sa sauce à la royale, la façon Carême de tradition, mais allégé, en demi-portion, comme un gâteau de lièvre, enfin l’effiloché de lièvre marié de façon provocante, en version terre/mer, à l’ormeau, qui se révèle tout de même caoutchouteux alors que le le lièvre est fondant.
Viennent les desserts, tous délicats et frais, comme ce sorbet autour du shiso et de la poire, cette crème glacée mucilage et cacao, ce nuage mais et caramel de miso, ce chocolat frappé au mélilot avec sauce céréalière, et encore le café glacé avec impression de champignon et topinambour. On ponctue le repas superbement d’une dacquoise à la vanille, légérissime, belle alliance entre le croquant et le crémé.
Le Clarence
Paris 8e
Tél. 01 82 82 10 10
Menus : 150 (déj., du merc. au vend.), 250, 380 €
Carte : 450 €
Horaires : 12h30-13h30, 19h30-21h00
Fermeture hebdo. : Lundi, mardi, dimanche
Métro(s) proche(s) : Franklin D. Roosevelt
Site: www.le-clarence.paris















