Les années Barclay

Article du 2 juin 2025

 

Il avait une moustache à la Clark Gable, des vestes chamarrées, un goût immodéré pour la fête ou plutôt les fêtes, et un amour sans fin des femmes (il en épousera huit!), cultivait avec malice son sens de la musique, était un pianiste autodidacte doué, mais surtout un découvreur né. Lorsque que François Bernheim rencontre Eddie Barclay, né Edouard Ruault,  il a 21 ans, est étudiant en droit, habite la banlieue, chante en trio (« les Roche Martin ») avec les soeurs Sanson, Violaine et Véronique. Convoqué – il n’a jamais ni pourquoi ni comment – par celui que l’on nomme alors « l’empereur du microsillon », il laisse tout tomber en un clin d’oeil pour devenir son homme à tout faire,  de l’ombre et de confiance,  son faire-valoir (mais qui se demande souvent à quoi il sert), son « dauphin », chargé par lui d’être textes et musiques sur commande, de dénicher les futures stars, de déceler les modes à venir. Il fréquentera les amis d’Eddie, participera à ses repas bien arrosés, copinera avec Johnny, Eddy, BB mais aussi Jean Yanne,  Léo Ferré, Anthony Quinn, Robert Hossein  ou Serge Gainsbourg, lancera les « Poppys » qui rapportera quelques disques d’or à la marque Barclay. Mais son livre n’est pas seulement un recueil d »anecdotes (on y apprend. tout de même comme Eddie se fait chiper sa fiancée Bianca par Mick Jagger…), c’est surtout le livre d’une époque, où tout semblait possible et facile. Et c’est la confession d’un timide, d’un solitaire, confronté à une sorte Gatsby auvergnat, fils de bougnat, devenu roi des nuits de Paris et de Saint-Tropez, mal à l’aise avec son corps (il ne dansait pas même s’il faisait danser les autres), peu ouvert aux autres (il ne parlait pas anglais même s’il tenta de faire affaire aux USA, ne se confiait guère et jamais à son protégé). Avec ses petits chapitres courts mais denses où les coups de coeur laissent place aux coups de griffes (« le poète et le pognon » est consacré à Léo Ferré qui en prend pour son grade), ce livre tendre et nostalgique restitue, en demi-teinte, version noire et blanc, le parfum de ces années enfuies, au temps où le show biz parisien semblait régner sur le monde.

Eddy Barclay et moi de François Bernheim (Le Cherche Midi, 301 pages, 22 €).

 

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Publié le  2 juin 2025 par

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