Tiré de faits iréels de Tonino Benacquista
Bertrand Dumas, éditeur depuis quatre décennies, s’apprête à faire faillite. Ses livres ne se vendent plus guère, ses auteurs « banquables » l’ont lâché sans vergogne, son banquier l’abandonne, son partenaire financier – un lettré qui lit les grands classiques et bronze l’été au jardin du Luxembourg face à la Fontaine Médicis – est lassé de faire des chèques inutiles, ses auteurs qui pourraient se vendre remettent sans cesse l’achèvement de leurs futurs chefs d’oeuvre aux calendes grecques. Mais Bertrand Dumas, qui conserve le soutien moral de son épouse Coline, ne désespère pas. Il a vingt quatre heures pour trouver une solution, une soirée, une nuit. Sera-ce ce grand financier, surnommé « Pharaon », fan de certains de ses livres, ou une influence miracle ? On peine à spolier cette fable éditoriale pleine d’humour et d’esprit, qui pourrait osciller entre la sotie et le pamphlet. Mais se révèle réaliste, très au fait des réalités d’aujourd’hui. Avec ce conte drôle et cruel, Tonino Benacquista, le mémorialiste de « Porca miseria » qui usa du genre noir avec brio (« la Maldonne des Sleepings ») et de la comédie romantique à travers le temps (« Romanesque »), et fut notamment le scénariste de Jacques Audiard (« Sur mes lèvres », « De battre mon coeur s’est arrêté »), renouvelle une fois de plus sa palette avec malice.
Tiré de faits iréels de Tonino Benacquista (Gallimard, 186 pages, 19 €).







