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Philippe Labro de retour sur la Ve avenue

Article du 28 octobre 2024

Le titre d’abord : un « Gimlet » est un cocktail plutôt simple et passablement démodé, composé de gin et de citron vert, que Lucas, l’un des deux protagonistes du livre consomme « par pur snobisme littéraire« , en hommage à Raymond Chandler et à « The Long Goodbye » (dont Robert Altman tira « le Privé »), dont un personnage en était fervent. Les deux héros du livre, Lucas et Elisabeth, qui se retrouvent d’abord à Paris en 1961, après s’être aimés dans leur prime jeunesse, se recroisent, quarante ans plus tard, à New York, après l’effondrement des Twins Towers. Ils se sont aimés, se retrouveront brièvement, ont mené leur vie, chacun de leur côté, se perdent, mais se retrouveront encore. D’abord par hasard dans la rue, puis au bar d’un hôtel de la Ve année, ils boivent un « Gimlet », surtout Lucas, devisent, échangent leur vision. Ou plutôt, Lucas parle et s’épanche, laisse exploser sa culture, cite beaucoup de films et quelques auteurs. Elisabeth acquiesce, s’agace, se laissera-t-elle séduire ? Changeront-ils le cours de leur vie pour se retrouver enfin ? Philippe Labro, qui nous a tant donné tant de livres vibrants sur l’Amérique (on pense d’abord à « des Bateaux dans la nuit » où son héros, Drifter, journaliste, changer et vagabond, fait songer immanquablement à Lucas, qui fut notamment grand reporter au Vietnam) réussit le tour de force d’évoquer les changements du monde à travers cette exquise « novela ». 120 pages, 40 ans mais un siècle qui bascule, la nostalgie des années 1960, des personnages attachants, comme ce séduisant avocat, Louis Gelb, « vêtu d’un costume en lin et cachemire, bleu foncé, fait sur mesure par Vincent Nicolosi », qui pourra être leur trait d’union. Une cravate en tricot, un cocktail, un sourire : Philippe Labro a le chic pour donner à chaque scène, en insistant sur un détail, sa consistance et son reflet. Voilà, mine de rien, une « novella » à l’épaisseur subtile et insoupçonnée.

Deux Gimlets sur la 5e Avenue. de Philippe Labro (Gallimard, 122 pages, 17 €)

A propos de cet article

Publié le  28 octobre 2024 par

Philippe Labro de retour sur la Ve avenue” : 1 avis

  • Phil57

    Pour le livre je ne sais pas mais je vais sans doute l’acheter pour une ex des années 80 (et oui il n’y a pas que Labro qui est nostalgique d’un amour perdu)
    Ceci dit pour le Gimlet… »démodé » ?!?! En êtes-vous bien sûr car c’est un délice.

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