Maison Brut
« Paris 9e : brut comme Bastien ! »
Si le lieu paraît « brut de décoffrage » comme semble l’indiquer l’enseigne, il se révèle élégant et raffiné avec ses tables certes sans nappes mais soignées, la cuisine apparente derrière la vitrée, le comptoir-dessert au milieu de la salle. Les menus, qui vont crescendo dans le nombre de plats et les prix, démarrent sagement avec une formule au déjeuner à 29 €. Les amuses bouche séduisent d’emblée sur le mode léger et frais, avec la tartelette Umeboshi de mirabelle et condiment au cresson.
Puis on embraye sur le même mode avec les spaghetti de concombre à cru selon une recette de Fernande Allard, avec une chlorophylle d’orties, des capucines et un élixir de concombre.Puis on aborde au mode plus riche, mais à peine, et savoureux, des lentilles vertes, avec leur crémeux d’oignons doux des Cévennes comme une soupe. L’un des morceaux de bravoure du repas ? La carotte marinée dans l’huile d’olive avec la morille (récoltée en juin) macérée dans le vin jaune.
Mais le cabillaud cuit à la vapeur d’eau de mer, avec algues (salicorne, criste marine et fenouil sauvage) et beurre, blanc liée à la hure de cabillaud, plus caviar de Sologne, fait également un grand moment frais, vif, iodé qui sait jouer le classique avec netteté, et que complète le maquereau cuit à la flamme, condiment XO et garum. Reste que la volaille des Landes d’Arnaud Tauzin, le suprême cuit à basse température dans un épi de maïs, les cuisses marinées à la caméline, rôties au beurre d’estragon, avec crémeux maïs, maïs brûlé au vinaigre, sauce poulette et jus de volaille fait également un bien joli moment.
Avec tout cela, le sommelier Dimitri Roussel vous fait découvrir les vins coups de coeur du moment : très sec champagne Tellier « Les Massales » 2020, à peine dosé, fort en pinot meunier, vif et rare sauvignon de Saint-Bris en Bourogne nord, près d’Auxerre et Chabls du domaine Fontaine Goby 2022 ou encore impeccable et très charmeur vouvray demi-sec du domaine Foreau 2022 qui cadre fort bien avec les douceurs, comme l’exquise poire pochée à l’oseille avec sa compotée de poire, son crumble au sumac et fromage frais, son sirop à l’oseille.
Un bémol pour la noisette un peu trop riche avec son crémeux à la noisette, aux airs de « Nutella » artisanal, ses noisettes fraîches, sa sauce lie de vin rouge. Mais son arlette à base de kouign amann est bien craquante, comme un clin d’oeil aux origines bretonnes de la maman du chef. L’orge torréfiée qui remplace ici le café (un parti-pris empêche la jeune équipe de servir des produits « extra hexagonaux ») vient elle aussi de Bretagne. En, in fine, la pâte de fruit poire et shiso vert évidemment fait une petite mignardise fort digeste. Voilà, à l’évidence, un chef à suivre et une maison d’avenir!














