Les présences imparfaites de Youness Bousenna
L’une des bonnes surprises de la rentrée : ce premier roman qui narre la confession d’un enfant de la fin du dernier siècle et du début de celui-ci. Reporter puis chef au service international du Figaro, Marc Pépin fait le bilan d’unr vie sans joie : la sienne. Il a 58 ans, a grandi dans la grisaille de Thiais, Val-de-Marne, dans une famille ordinaire de la classe moyenne, devient journaliste, après des piges à France-Soir et au Quotidien de Paris, au quotidien d’Hersant, devient secrétaire de rédaction du service étranger, est envoyé, comme grand reporter à Bagdad, couvre la guerre Iran/Irak et la révolution Khomeini, s’essaye à la littérature, publie un premier roman inspiré de son expérience journalistique, « le Petit Chef », puis obtient des voix au Renaudot pour Nos Défêtes, mais sans y croire vraiment. Il rate sa vie sentimentale et se sépare brutalement – et par sa faute – de Claire, sa compagne, discrète, complice, lettrée et normalienne, à la veille du nouveau siècle. Il vit dans la crainte, le remords, couche sa vie sur le papier, évoque les changements au sein du Figaro jusqu’à l’avènement des Dassault. Ces « présences imparfaites » sont l’histoire d’un homme passé à côté de sa vie. Roman d’apprentissage, bilan et confession, reflet générationnel des années 1980 à nos jours, et bref tableau de la presse parisienne dans une lignée balzacienne, ce livre est, bien sûr, une fiction. Son auteur, né en 1990 en Avignon, se livre ici à une minutieuse reconstitution. La vie grise de son anti-héros n’exclut pas le brio d’une écriture vive, souple, élégante, cursive qui fait mouche sans jamais hausser le ton ni la voix.
Les présences imparfaites de Youness Bousenna (Rivages, 208 pages, 19,50 €)










