Monique, héroïne moderne
Monique ? La mère d’Edouard Louis, qui parvient, à l’aide de son fils, à quitter son compagnon alcoolique et violent. L’histoire paraît connue, rabâchée, issue de la rubrique permanente des faits divers. Le talent d’Edouard Louis (dont on connaît, entre autres, « En finir avec Eddy Bellegueule » et « Histoire de la Violence ») : faire de sa vie un roman. Le talent du conteur se mêle à celui du mémorialiste de soi-même qui conte ici les aventures de cette mère perdue, aimée, les racines familiales, la pauvreté, la misère, dans un village du Nord, le père violent, l’alcoolisme du frère aîné disparu, les rapports difficiles avec sa soeur, et puis les gestes de Monique, sa patience, sa lenteur, sa décision mise en oeuvre grâce à son fils qui se démène, à l’aide d’amis, alors qu’il est à Athènes. Ce livre, bref, riche, dense, se présente comme le récit d’une aventure humaine. C’est à la fois réaliste, sobre, sans atermoiement, sans chichi, ni paillettes, et, lorsque l’histoire de Monique, sa première « libération » d’avec le père de son fils écrivain, est mise en scène, sur des tréteaux, en Allemagne, à Hambourg, cette aventure devient réellement poignante : comme celle d’une héroïne de notre temps.
Monique s’évade, d’Edouard Louis (Seuil, 168 pages, 18 €).






