Jean-Paul Dubois et l’origine des larmes
J’ai longtemps cru qu’il était mon jumeau astral. Nous sommes nés, à quelques mois de distance, mais la même année, dans deux villes que tout oppose mais fortement identitaires. Jean-Paul Dubois signait au Nouvel Obs, alors que je sévissais au Point. J’ai lu tous ses livres ou peu s’en faut, les ai quasiment tous chroniqués, l’ai défini jadis comme « Le virtuose du malaise général « . Ou encore comme « le plus habile de nos semeurs de catastrophes schizophréniques ». Chez lui, ou plutôt chez ses héros, qui s’appellent tous Paul, quelquefois Samuel, tout va mal ou presque. Ils tentent de régler leurs problèmes avec leur père, leur frère (dans « je pense à autre chose »), en se racontant à leur psychanalyste, mordant son dentiste (« Kennedy et Moi »), luttant pour être soi même, dérivant entre ici et là, évitant (?) le suicide (« la Succession« ). Bref, on rigole rarement chez Dubois – à moins de prendre tous ses récits au second degré – et on sait que « tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon » (comme le rappelle son Goncourt 2019. Le voilà aujourd’hui travesti mais en peine Paul Sorensen, né à Toulouse (comme lui), partant pour Montréal (comme dans beaucoup de ses livres) à la recherche de son père honni. Celui-ci vient de mourir. Il le détestait et avait toutes les raisons de haïr cet homme nommé Lanski (mais dont il refusait de porter le nom, choissant celui de mère décédée à sa naissance) qui avait tout fait pour l’humilier, comme il le fera plus tard pour sa seconde épouse devenu la mère adoptive, de son fils. Le « crime » de Paul Sorensen ? Avoir tiré deux balles dans le crâne du cadavre de son géniteur, rapatrié par ses soins de Montréal à Paris. La justice française le condamnera à une peine avec sursis et une obligation de soins thérapeutiques. Ce sont ces derniers qui forment la trame de « l’origine des larmes« , telle une longue confession, où la personne de l’ancien secrétaire général de l’ONU, Dag Hammarskjöld, compte beaucoup. Comme l’humour noir a toujours sa place chez Dubois, le psy de Paul, qui porte le patronyme du cruel fondateur du Sentier Lumineux qui sema la terreur en Bolivie (« Guzman »), soufre d’une conjonctivite chronique. D’où le double sens du titre. Inutile de l’ajouter, quoiqu’après tout pourquoi pas : les fans de Dubois seront à la fête avec ce livre drôle, étrange, bavard et désespéré.
L’origine des larmes, de Jean-Paul Dubois (Editions de l’Olivier, 246 pages, 21€).







Conjonctivite?