L’Appel des odeurs de Ryoko Sekiguchi
Le fade, Manger fantôme, Le nuage ou les dix façons de le préparer, et, bien sûr, Nagori, la nostalgie de la saison qui vient de nous quitter : quelques un des titres de Ryoko Sekiguchi, énoncés de tête, au hasard d’une oeuvre déjà fournie, disent assez le besoin de cette auteure, poète, essayiste, traductrice, de saisir l’insaisissable, de goûter le neutre, d’interrompre le mouvement des choses. On a oublié, au passage, le très remarquable 961 heures à Beyrouth où cette voyageuse intrépide recensait 321 plats dégustés. On l’a compris, cette écrivaine d’origine nippone qui a choisi d’écrire en français et de façon remarquable applique à notre langue et à ses écrits la même rigueur que les chefs japonais qui, dans l’hexagone, cuisinent à la française avec leur rigueur naturelle, sans masquer leur culture d’origine. Le sobre, la fuite de l’inutile, mais aussi l’obsessionnel à nommer, révéler, énoncer se retrouve dans cet « Appel des odeurs », où l’on fera remarquer que c’est appel qui prend une majuscule non les odeurs énumérées, édictées, listées, glanées, collectionnés, disséquées, discutées, à l’infini. Témoignages, souvenirs, citations, fictions se mêlent dans ce texte sibyllin, suites de chroniques, certaines parues dans la Croix, où une mystérieuse « elle », jamais nommée, raconte sa nostalgie, ses craintes, ses hantises devant les odeurs les plus insolites, en des lieux tous différents : à Ferrare, à Spolète, à Paris, dans le jardin des Tuileries ou au Palais Royal en des époques diverses et variées, à New-York, entre Genève et Los Angeles – une conversation sur la nourriture et les rêves entre « elle » à Fribourg et « S »à Taipei -, à Téhéran, à Helsinki, à Genade, au Japon, sur une île, la préhension des odeurs, leur présence, leur importance. leur force diffère. « L’odeur demeure un mystère. Comme la vie » Voilà un livre dense, riche, touffu, sous ses airs diaphanes, qui cultive l’odeur et ses mystères avec une constante élégance.
L’Appel des odeurs de Ryoko Sekiguchi (POL, 2 65 pages, 20 €)








