Comment ça va pas ? de Delphine Horvilleur
Le titre d’abord : il est emprunté à la vieille blague des deux ashkénazes (que cite Pierre Assouline dans « Retour à Sefarad ») qui se rencontrent et se saluent ainsi, en supposant que rien ne peut aller vraiment bien : « comment ça va mal? » Depuis le 7 octobre, cela va évidemment mal, très mal, partout et pour tous, en tout cas pour la communauté juive après les massacres perpétrés par le Hamas. Les angoisses, les insomnies, les inquiétudes, le dialogue avec les vivants et les morts : voilà ce raconte le nouveau livre de l’auteur de « Vivre avec nos morts », rabbin, philosophe, mère, fille, petite-fille, qui s’interroge sur le destin de son peuple, le devenir des siens, leur passé, leurs hantises, leurs craintes éternelles. Livre d’ouverture, de partage, d’interrogations, de dialogues bien sûr, ce « Comment ça va pas ? » s’ouvre sur un émouvant poème du poète palestinien Mahmoud Darwich et s’achève sur une prose de réflexion du poète israélien Yehuda Amichaï, manière de rappeler qu’un dialogue et une paix sont possibles. Il se compose de dix conversations denses, touffues, entre humour et grincements, avec sa douleur, ses grands-parents, Claude François (l’antisémitisme, comme dans la chanson, « ça s’en va et ça revient, c’est fait de tous petits riens« ), les antiracistes, une amie Rose, atteinte d’une maladie rare qui l’empêche de parler, mais non de comprendee, ses enfants, qui résistent à leur manière à ceux qui voudraient les faire cacher leur identité, Israël, qui hésite entre droite et gauche, le messie qui tarde à venir. On l’a saisi : Delphine Horvilleur qui manie avec habileté le « pilpoul » (cette gymnastique intellectuelle et talmudique forcément subtile) autant que l’humour livre ici un témoignage de paix et d’espoir autant que d’inquiétude. Qui dit dialogue dit ouverture aux autres. A nous d’entendre son message …
Comment ça va pas ? Conversations après le 7 octobre, de Delphine Horvilleur (Grasset, 160 pages, 16 €).









