La Champagne de Daniel Rondeau

Article du 6 septembre 2023

 

Court mais dense, riche, séveux, long en bouche, fin aussi comme un champagne de la côte des blancs : ce livre est un hommage à sa région d’origine par un voyageur désormais sédentaire, un témoignage d’amour aux siens, vignerons et enseignants modestes, une sorte de bilan provisoire, bref une ode à son pays d’origine, à la terre et aux morts à la Barrès, que Daniel Rondeau, qui fut un temps nancéen, a toujours aimé citer en référence – celui d’Un homme Libre. L’auteur du « Chagrin Lorrain » qui fut jadis mao spontex engagé en usine côté sidérurgie est devenu cet académicien à la mèche toujours rebelle. On connaît ses passions, Tanger, Malte, Alexandrie, Beyrouth, tant d’autres. Mais on sait que ce natif du Mesnil sur Oger, qui a passé son enfance entre Châlons en Champagne  (on disait jadis Châlons sur Marne jadis) et Congy le village de ses parents, est incollable sur sa terre à laquelle il a consacré plusieurs livres, comme les Vignes de Berlin. Reims (et Roger Vailland), Château-Thierry et Jean de la Fontaine, les caves champenoises, d’Epernay à la Butte Saint-Nicaise rémoise, l’Aube vers Clervaux (c’était le décor de l’un de ses derniers livres et l’un des meilleurs, « Arrière-Pays ») sont ici traités avec faconde. Daniel Rondeau prend soin aussi de rendre hommage à son frère disparu, Gérard, à qui on doit la provocante photo de couverture, où Daniel, pas encore académicien, lève le poing, en costume cravate et pardessus, face à la statue d’un poilu sur un monument aux morts. On le trouvera sans doute un peu court sur l’Argonne, ce pays de tonneliers, où, comme disait Jean-Paul Kauffmann, « la terre saigne encore« . Notons à ce propos une petite erreur : François Nourissier n’est pas né à Avocourt (en Argonne) qui est le village de son père, mais dans le 9e arrondissement. Rappelons que le père François, l’auteur d’Histoire Française et de Bleu comme la Nuit, se voulait « lorrain de fantaisie« . Rondeau lui est champenois de coeur et de sang, est issu de cette terre pauvre faite de craie sur laquelle poussent les vignes plus délicates et peut être les plus raffinées du monde. Dom Mabillon ou Dom Pérignon sont, bien sûr, ici cités en référence, comme Moët et Chandon, chez qui Daniel R., qui fit ses premiers jobs de vacances, Laurent-Perriet et Bernard de Nonancourt, géant gaulliste, ou Pommery et l’ami Paul-François Vranken. Mais les autres ne sont pas oubliés. Un verre de Clos du Mesnil ou de Clos des Goisses permettra d’achever la lecture de ce bréviaire champenois avec délices…

Ma Champagne, mon pays, de Daniel Rondeau (Equateurs, 140 pages, 19 €).

A propos de cet article

Publié le  6 septembre 2023 par

Et vous, qu'en avez-vous pensé ? Donnez-nous votre avis !