Le dernier revival d’Opal et Nev de Dawnie Walton
Une journaliste enquête sur les retrouvailles entre deux personnages improbables, stars des années 1970. Elle, Opal Jewel, américaine, noire, chauve, excentrique, révoltée, lui, Neville Charles, anglais, rouquin, ambitieux, poussé par ses parents à être le futur Paul Mac Cartney : ils se rencontrent grâce un producteur improbable, se lient d’amitié, jamais d’amour. Elle tombera amoureuse de Jim, le batteur du groupe qui sera le père de Sunny Shelton, cette journaliste qui enquête aujourd’hui. Leur groupe, leur duo, fera des flops fulgurants avant de rebondir avec éclat, grâce à une photo qui les rendra célèbres. Puis de disparaître chacun de leur côté. Puis de resurgir au cours d’un dernier festival. Sunny, fascinée par Opal, mène l’enquête, risque sa carrière, interviewe, sans pincettes, les protagonistes qui s’expriment librement tour à tour. Ce faisant, Dawnie Walton avec ce splendide premier roman explore quarante ans de progression musicale, de courants, de modes, entre pop, rock, R&B, libération de la parole. Le mot « nigger » s’emploie ici à tort et à travers avec la force d’une grenade (notamment comme titre d’une chanson historique : « who is the nigger now? »). Il y a aussi « Black Coffee ». Neville alias Nev compose, Opal interprète avec lui, se place avec lui toute entière dans son rôle de militante. Question : »Nev » est-il sincère? N’a-t-il pas provoqué la bagarre monumentale du fameux concert où les Bond Brothers, nostalgiques de l’Amérique sudiste, tiennent le rôle de stars, au cours duquel Jim, le batteur, perd la vie. Mais on en a déjà trop dit… Voilà un grand roman américain qui parle à plusieurs voix, avec sa foule de personnages secondaires, stylistes, chanteurs, producteurs, avec une force inaccoutumée. Et, rassurez-vous, malgré le grand nombre de pages, l’ennui est en banni !
Le dernier revival d’Opal et Nev de Dawnie Walton, traduit de l’américain par David Fauquemberg (Zulma, 496 pages, 24,50 €).








