Drulingen : le QG qui réveille l’Alsace Bossue
Les bonnes surprises ne se cachent pas toujours là où on les attend. A Drulingen, en plein cœur de l’Alsace Bossue, le « QG » porte bien son nom. C’est le quartier général des copains, des habitués, des voyageurs de passage qui s’attablent une fois… et reviennent. Virginie et Dominique Muller y ont recréé l’esprit qui faisait déjà le charme de leur Fleur d’Or à Waldhambach : une maison sans chichis, où l’on est accueilli avec le sourire, servi avec entrain et nourri avec intelligence.
Dominique n’est pas arrivé là par hasard. Passé chez les Michaely, à l’Auberge d’Imsthal, puis au Bistrot Gare de Siewiller, il connaît son métier et ne cherche pas à épater la galerie. Il préfère régaler. Voilà une nuance qui fait toute la différence. Sa cuisine ne court pas après les modes : elle soigne les produits, respecte les saisons et remet au goût du jour ce que tant d’autres ont oublié. La salade mêlant cervelas et gruyère, les poireaux vinaigrette, le kassler escorté d’une crème de raifort qui réveille les papilles, le tartare-frites impeccablement exécuté (même avec un petit excès de condiments) ou cette salade de pommes de terre qui ferait presque oublier le reste de l’assiette composent une partition aussi simple qu’efficace.
Le vrai tour de force reste ce menu inscrit à l’ardoise, qui change au fil des jours et affiche un rapport qualité-prix devenu presque insolent à une époque où beaucoup confondent addition salée et cuisine ambitieuse. Ici, on mange bien, copieusement, sans avoir le sentiment d’être passé à la caisse d’un restaurant à la mode.
Le décor raconte lui aussi une histoire. Un vaste comptoir contemporain, des murs couverts de souvenirs en noir et blanc, les gueules de Bourvil et Louis de Funès dans Le Corniaud, Ventura et Blier chez Les Tontons flingueurs, Gabin et Belmondo dans Un singe en hiver, sans oublier La Cuisine au beurre ou Le Dîner de cons. Michel Sardou pose avec Johnny, Gainsbourg enlace Jane : tout un pan de mémoire populaire qui donne à la salle une âme qu’aucun architecte d’intérieur ne saurait fabriquer.
Dans les verres, la bière Licorne fait merveille, le « gentil’ de Paul Buecher, à Wettolsheim, qui mêle gewurz, sylvaner et pinot blanc, joue les compagnons fidèles, tandis que le pinot noir « Noir de Katz » de René Katz, à Katzenthal, mérite largement le détour. Et lorsque paraît le Waldmeister maison, genre chartreuse locale, on comprend que le repas pouvait difficilement trouver meilleure conclusion.
Voilà une adresse qui ne cherche ni les étoiles ni les effets de manche. Elle préfère remplir sa salle, fidéliser ses clients et faire plaisir. C’est sans doute la plus belle des réussites. Une halte simple, généreuse et terriblement attachante. Merci à Guy Untereiner, l’artiste du village, pour cette jolie découverte.
Le QG
35 rue du Général-Leclerc
67320 Drulingen
Tél. 03 88 71 40 95
Fermeture hebdo : lundi, mardi, merc. midi.
Menus : 18 (déj.) €. Carte : 25-45 €.













