Tombeau pour Alain Pacadis
Il était l’un des papes de l’underground français, signait ses chroniques de Libération : Alain « no future » Pacadis. On le suivait, fasciné, avec ses lunettes noires et sa fine silhouette, errer de boîte en boîte, à la recherche d’une pépite, devisant de l’air du temps, exprimant sentiment et sens sur les groupes marquant l’époque, figure du Palace et des Bains Douches, ange du bizarre, provocateur, as du journalisme « gonzo », jamais bridé, jamais blasé. Charles Salles, avec la passion froide du néophyte dominant son sujet, en fait un héros de roman, évoquant sa vie de perpétuel déraciné. Il retourne à ses origines, s’immisce dans son quotidien, joue avec le scabreux, insiste sur la laideur et nous livre un Pacadis grandeur nature. Ce fils d’immigré grec et d’une mère juive polonaise aux origines voilées, devenu ce dandy inverti un brin wildien avec ses airs punks, son goût pour la fange, ne reculait devant aucune outrance. Jean-François Bizot le rembarre à Actuel pour cause de préciosité extrême ? Il se vexe, certes, mais trouvera sa pitance ailleurs et deviendra ce paladin génial et lubrique, un brin proustien, façon Robert de Montesquiou, à la mort de fait divers. Rédigé au présent avec un brio sans effet de manche et une précision constante, ce premier roman témoigne d’une réelle maîtrise de style. A l’évidence, un des joyaux de la rentrée littéraire…
Alain Pacadis Face B de Charles Salles (La Table Ronde, 272 pages, 22 €).








