La vie de Pauline Dreyfus avec Colette
Lire Colette, c’est ouvrir la porte d’un jardin de paradis peuplé de mots, de glycines, de soleils. « Prisons et paradis », »les vrilles de la vigne », et la série des Claudine nous content une Colette enchantée. Pauline Dreyfus, à qui nous devons de bien jolis romans très littéraires (comme le délicieux « Déjeuner des Barricades« ) et une biographie très critique de Paul Morand, nous livre son émerveillement devant Colette écrivain et sa perplexité devant Colette mère absente et même dédaigneuse, fille ingrate (malgré le culte littéraire vouée à Sido), ballotée d’un mari à un amant, d’une maîtresse et un ami à l’autre, refusant, par exemple, d’aider le délicieux Sacha Guitry, à la Libération, alors que celui-ci avait permis à son cher Maurice Goudeket de garder la vie sauve durant l’Occupation. Bref, le tout, le rien, l’amie officielle des bêtes (et de Saint-Tropez) avant BB (et la Madrague), la présidente de l’Académie Goncourt et l’habituée du Grand Véfour, la bourguignonne de Puisaye, attachée à sa maison d’enfance, sa terre ingrate, son accent rocailleux, qui semble s’opposer à la comédienne et artiste qui exhibe ses seins sur une scène de théâtre : il y a toutes ces Colette(s) et quelques autres (l’écrivain de l’ombre de Willy, la brève baronne de Jouvenel…) dans le petit livre dense, passionnant, passionné, que lui consacre Pauline Dreyfus, révélant ici un peu d’elle-même, de sa maison de Thomery, des ombrages de la forêt de Fontainebleau de l’influence de sa grand-mère maternelle et de la lecture des « Claudine » qui ont fait d’elle la femme et l’écrivain qu’elle est aujourd’hui. Clair, lucide, brillant, voilà un petit essai qui fera beaucoup pour la redécouverte et la relecture de l’auteur de « Chéri » d’un oeil neuf.
Ma vie avec Colette, de Pauline Dreyfus (Gallimard, 160 pages, 17,50€).








