Relire Pirotte

Article du 3 mai 2020

Voilà un de ces chefs d’oeuvres que l’on retrouve au hasard, en fouillant sa bibliothèque. Jean-Claude Pirotte, né à Namur, qui fut avocat dans une vie antérieure, aimait les territoires méconnus, les vignobles d’outre gloire, les crus de soif et les déambulations au hasard, reviendrait furieusement à la mode s’il était encore parmi nous. Ce poète fugueur, voyageur, bourlingueur, merveilleux conteur, savait, mieux que personne, dire les mots de vin et de l’ivresse, la douceur d’une campagne dodelinante, chantant les rivages verdoyants de Saint-Bris-le-Vineux et de Vermenton, le printemps à Tavel et le givre à Sillery.

De lui, on pourrait tout conseiller : relire « la pluie à Rethel », « la Vallée de Misère », qui évoquent tous deux les parages d’Ardennes, comme une « adolescence en Gueldre » ou encore « Un été dans la combe ». Si l’on éprouve une tendresse particulière pour ces « contes bleus du vin », qui furent, à l’origine, des chroniques radiophoniques et se dévoilent comme des textes immortels à la floire de la dive bouteille, c’est qu’une langue très pure les anime. Ainsi, sur le « vin des pauvres » : « c’est le vin des longs silences et des grognements rocailleux au coin des comptoirs perdus. C’est le vin des attentes sans secours et des amours sans retour … c’est le vin baudelairien de tous les soliloques et de toutes les navrances « .

Pirotte (1939-2014), qui avait le sens des mots au cœur, le goût du vin grave comme de l’ivresse joyeuse, savait chanter les phrases comme personne. La modestie était sa marque, la discrétion son fort, la subtilité son exigence. Relisons son épigraphe empruntée à Chardonne : « La littérature de dure pas. C’est triste à dire quand on est écrivain; un stock de cognac est plus sûr. »

Les contes bleus du Vin de Jean-Claude Pirotte (le Temps qu’il fait, 117 pages, 10 €)

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Publié le  3 mai 2020 par

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