Patrick Besson, Corneille et le thriller
Faulkner, c’était « l’intrusion de la tragédie grecque dans le roman policier » (dixit Malraux pour « Sanctuaire »). Patrick Besson, si prolifique et que nos lecteurs connaissent bien, introduit lui Corneille dans le thriller. Tandis qu’il passe de tranquilles vacances dans un hôtel balnéaire en Corse (l’Aiglon, à noter que, si l’île est fort peu nommée les autres hôtels se nomment Bonaparte, Napoléon ou le Pont d’Arcole…), le narrateur, Georges Charpy, journaliste, licencié d’un grand magazine, y rencontre son ex-patron et l’humilie au ping-pong, aux échecs, au tennis et autres jeux de vacances, avant qu’on retrouve le dit patron dans sa chambre, la tête tranchée à la hache. Pendant ce temps-là, Léa, la fille de l’hôtelier, « l’unique femme à ne pas porter de lunettes noires« , lit Corneille, au bord de la piscine, les oeuvres complètes, les moins connues, enfin presque tout, comme l’indique le titre. Lorsque le cousin de son épouse prénommée Colomba (comme l’héroïne de Mérimée), Vincenzo, qui sort de prison, et courtise Léa avec succès, se trouve lui aussi décapité, l’enquête piétine et le commissaire Bourbeillon, en charge de l’affaire, patauge, soupçonnant au passage un bûcheron canadien qui se trouve être l’amant du premier mort . Dans ce polar cornélien qui vire à la comédie de boulevard, Patrick Besson marivaude, s’en donne à coeur joie en riant des uns et des autres, des Corses et des Québécois (ah, l’accent de ces derniers!) . L’abondance de jeux de mots, les dialogues incisifs, l’intrigue qui tournicote, tandis que Léa cite Corneille à tire larigo (« qui vit haï de tous ne saurait longtemps vivre« ), et le narrateur qui persifle avec bonne humeur concourent à faire de ce bref thriller îlien un joli moment de lecture.
Presque tout Corneille de Patrick Besson (Stock, 111 pages, 17,50 €).








